(...) Un corps calciné, "probablement celui d’un migrant", a été retrouvé au milieu des décombres de ce qui était encore quelques heures auparavant, un camp de migrants. Il a été transféré à la morgue pour autopsie, sur instruction du ministère public. "Une information judiciaire a été ouverte par les services de sécurité pour identifier l’identité du défunt, connaître les circonstances de l’incident, ainsi que déterminer les responsabilités", ont indiqué les autorités au quotidien Assabah. (...)
Quelques heures plus tôt, à l’aube, 4 000 policiers, gendarmes ou encore membres de la force anti-émeutes ont procédé au démantèlement de ce lieu de vie informel, situé à côté de la gare routière d’Ouled Ziyan, à Casablanca. Les bâches et sacs poubelles érigées en tentes ont fait place à ce qui s’apparente désormais à un vaste terrain vague (...)
D’après "des sources officielles" citées par Assabah, ces feux ont été allumés par les exilés eux-mêmes en guise de protestation. Une version contredite par le témoignage de Nabil, un exilé soudanais de 23 ans présent lors du démantèlement. "Ce sont les autorités qui ont mis le feu au camp ; elles font cela depuis des années. Pourquoi est-ce qu’on brûlerait nos affaires ?", a-t-il réagi auprès de The New Arab, encore vêtu de son pyjama.
Ce jour-là, des centaines d’exilés n’ont pas eu le choix, encadrés par les véhicules des forces de l’ordre, que de grimper dans "la trentaine de cars" affrétés pour eux, indique l’AMDH. Selon elle, ces véhicules ont pris la direction du sud et de la frontière est du Maroc, "dans des conditions difficiles". Une centaine de personnes ont par ailleurs été arrêtées.
"Ici, c’est la galère" (...)
Le Maroc est depuis des années un pays de transit pour les candidats subsahariens à l’exil qui souhaitent gagner l’Europe. Mais depuis le renforcement des contrôles aux frontières du pays – les forces marocaines ont arrêté l’an dernier environ 87 000 migrants en partance vers l’Europe, contre un peu plus de 70 000 en 2022 – beaucoup d’exilés sont refoulés vers le sud et le centre du territoire, notamment à Beni Mellal.
Et pour monter de nouveau vers le nord, les migrants rejoignent d’abord Casablanca. La ville ne disposant d’aucune structure d’accueil pour les exilés, ces derniers tentent donc de survivre dans des lieux de vie improvisés, comme celui d’Ouled Ziyan. (...)
En février 2023, des échauffourées ont éclaté avec la police durant un énième démantèlement. Six migrants ont écopé de deux ans de prison ferme et d’une amende de 60 000 dirhams (environ 5 000 euros) pour "insulte et agression à l’encontre de fonctionnaires, destruction de biens publics et migration illégale".
Une prostitution "considérable" (...)
Selon Aida Kheireddine, chercheuse marocaine et experte en genre et migration, les femmes ayant un emploi instable "sont exposées à différents types de violence, en premier lieu sexuelle", explique-t-elle à Deutsche Welle. D’après Daniel Nourissat, prêtre à Rabat engagé dans la cause des migrants au Maroc et rencontré par InfoMigrants en mai 2022, dans le pays, "la prostitution des femmes migrantes, souvent des mères célibataires", est même "considérable". (...)