Entre le 1er janvier et le 17 septembre 2023, près de 18 000 migrants ont été détectés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Un chiffre deux fois plus élevé qu’à la même période, en 2022. Et ce, malgré les nombreuses violences qui s’y produisent.
"Aujourd’hui, un réfugié syrien a été enterré dans le cimetière musulman de Podlasie Bohoniki. Son corps a été retrouvé le 4 novembre, dans la forêt de Białowieska". Cet énième drame porte à 53 le nombre de morts à la frontière Pologne-Biélorussie depuis le début des passages à cet endroit, en août 2021, indiquait le 7 décembre dernier l’ONG Grupa Granica sur sa page Facebook. (...)
Depuis deux ans, la Pologne multiplie pourtant les initiatives visant à stopper toute intrusion sur son territoire. En août, 10 000 soldats ont été envoyés dans la région, par crainte d’un nouvel afflux de migrants. Et depuis cet automne, le mur de 5,5 mètres de haut qui matérialise la frontière est renforcé par des barbelés supplémentaires à certains endroits, comme une seconde barrière.
Constituée de panneaux d’aciers, la barrière est également équipée de capteurs de mouvements et de caméras thermiques, dont les vidéos sont fièrement diffusées sur le compte X (ex-Twitter) des garde-frontières polonais.
"Fractures" et "morsures de chiens"
Outil de dissuasion, ce mur rend en fait beaucoup plus dangereux le passage de la frontière pour les migrants. "Nombre d’entre eux souffrent de blessures causées par cette clôture", déplore Andreas Spaett, chef de mission pour Médecins Sans Frontières (MSF) en Pologne. Présente depuis novembre 2022 dans la forêt de Podlasie, l’ONG prend régulièrement en charge "des personnes souffrant d’entorses et de fractures", après avoir chuté du mur. (...)
Des "morsures de chiens" et d’autres blessures ont aussi été constatées, dues aux confrontations avec les forces de l’ordre. Les récits de migrants qui témoignent de la brutalité et du mépris des garde-frontières polonais – comme biélorusses – sont nombreux.
"Les soldats [polonais] vous attrapent, crient, vous giflent, vous frappent au sol, vous serrent les mains dans le dos, écrasent votre visage au sol avec leurs chaussures. Et puis ils vous jettent par-dessus la clôture, confiait en octobre dernier Ahmed, un exilé, à Grupa Granica. Mais ce n’est rien comparé à la façon dont les Biélorusses nous traitent. Ils utilisent des armes, mais nous gardent le plus souvent avec des chiens. Un ami a été si gravement mordu par l’un d’eux qu’il est maintenant dans un hôpital de Minsk".
En novembre 2021, InfoMigrants avait rencontré Youssef, un Syrien de 37 ans sauvagement battu au visage par des soldats biélorusses alors qu’il franchissait la frontière. Près de deux semaines après son agression, il avait toujours la peau teintée par des hématomes jaunes et violets.
"Ils ont bu l’eau des marais"
Si certains migrants échappent à ces violences, la traversée de cette frontière en pleine nature reste très éprouvante. (...)
Pris en étau entre les garde-frontières polonais d’un côté, et leurs homologues biélorusses de l’autre, les migrants errent dans cette forêt très dense, gorgée de marécages. Des "familles" et des "femmes enceintes" se perdent parfois et "peuvent rester dans la forêt pendant des jours, avec souvent un accès limité à la nourriture et à l’eau, explique MSF. Il y a eu des cas où ils ont bu de l’eau des marais et sont tombés gravement malades". (...)