Niamey a convoqué mercredi l’ambassadeur d’Algérie, Bekhedda Mehdi, pour protester contre les expulsions "violentes" de Noirs dans le désert à la frontière dans l’extrême sud algérien. Les renvois de migrants dans le Sahara par Alger ne sont pas nouveaux et ont été régulièrement documentés ces dernières années.
Selon les autorités de Niamey, Alger a "intensifié depuis quelques jours" ses opérations de rapatriement et de refoulement de Noirs en situation irrégulière. "Des vastes opérations de rafles policières sont régulièrement menées dans certains quartiers de la ville de Tamanrasset [dans le sud du pays] où vivent des ressortissants des pays subsahariens dont de nombreux Nigériens", indique le gouvernement de Niamey. (...)
Selon le Niger, des témoins ont rapporté qu’au cours de ces opérations, "de nombreux domiciles notamment nigériens" ont "été saccagés par des éléments de la police algérienne qui saisissent tous les objets de valeur qu’ils trouvent sur les lieux".
C’est "face à la gravité de cette situation" que le ministère nigérien des Affaires étrangères "a décidé de convoquer le 3 avril" l’ambassadeur d’Algérie, Bekhedda Mehdi.(...)
Cette convocation est "logique", selon Azizou Chehou, le coordinateur du collectif Alarme Phone Sahara, qui vient en aide aux migrants dans le désert, contacté par InfoMigrants. "Il me paraît évident que la situation nécessite une réunion au plus haut niveau. (...)
"De plus, il n’y pas que des migrants nigériens qui arrivent [à Assamaka, la première ville après la frontière], mais beaucoup de migrants de diverses nationalités. Ici, ils souffrent, ils restent dans les rues. Ils errent pendant des mois voire des années, ils sont renvoyés chez eux mais au compte-goutte". (...)
Les dangers de ces expulsions sont immenses. Les exilés sont généralement abandonnés par les Algériens à la tombée de la nuit. Lorsqu’ils sont lâchés, ils sont livrés à eux-mêmes. Sans eau ni nourriture, ils doivent parcourir 15 kilomètres à pied pour rejoindre le village d’Assamaka. C’est là que se trouve le centre de transit de l’Organisation internationale des migrations (OIM), le bras de l’ONU qui assiste les retours volontaires des migrants vers leur pays d’origine.
Chaque année, de nombreux exilés disparaissent aussi sans laisser de trace dans le Sahara. (...)
Des drames dont sont aussi témoin les membres d’Alarme Phone Sahara. "Parfois sur la route, on tombe sur des cadavres, déplorait, en mars 2023, Azizou Chehou à InfoMigrants. Depuis le début de nos activités, on a trouvé une centaine de corps, vers la Libye ou l’Algérie. Le plus souvent, les dépouilles sont en état de décomposition avancée. On les couvre de sable comme on peut, on fait avec les moyens du bord".