Marquées par les traumatismes de guerre, de racisme ou de pudeur, les histoires familiales des enfants issus des générations postcoloniales peinent à être partagées. Face à ces silences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, et peinent à retrouver leur récit.
Chez les enfants dits d’immigrés et les générations postcoloniales ce manque, n’est pas seulement un détail biographique. Il est parfois toute une généalogie rendue inaccessible, liée au manque à la fois d’archives et de transmissions orales brisées par les massacres et disparitions massives liées à la colonisation. Ce silence n’est ni accidentel ni individuel. Salah Khemissi, retraité de 72 ans, en mesure les effets.
Né à Tourcoing en 1953 de parents algériens arrivés en France en 1948 et 1950, il raconte l’impossibilité de remonter le fil de son histoire familiale (...)
Salah Khemissi évoque une génération contrainte d’« encaisser » sans relâche : « Notre génération, je me demande comment on n’a pas fini en asile psychiatrique. Il y en a qui ont tenu, par responsabilité, comme moi et mon frère jumeau. Et d’autres qui ont eu des enfances complètement fragmentées et douloureuses, qui ont perdu la raison et sont tombés dans la drogue ou l’alcool. » (...)
Ce silence est le résultat de facteurs « à la fois intérieurs à la famille et extérieurs à la société », comme l’explique Salem Maaroufi, chercheur en sciences de l’éducation et en psycho-éducation. (...)
Le mythe du retour aux pays
À la violence du racisme et de la stigmatisation s’ajoute un autre choc, plus intime : l’effondrement du mythe du retour. Pour beaucoup de migrants, l’exil était pensé comme provisoire. (...)
« Là-bas, même après l’indépendance, on était complètement paumé. T’es immigré en France et immigré en Algérie. » (...)
Face à ces absences, les enfants héritent d’une mémoire fragmentée, faite de bribes, de non-dits, de gestes, parfois de documents administratifs lacunaires. Il s’agit alors de recomposer un passé, de se réapproprier une histoire familiale. Pour Pascale Jamoulle, « l’histoire officielle n’aide pas toujours ces familles à élaborer leur passé. Car les anciennes migrations de travail sont largement coloniales ou postcoloniales ; elles renvoient à une période sombre, presque mutique, de l’histoire de la France ».
« J’ai construit mon histoire familiale en comblant ces trous »
Raconter devient alors une enquête (...)
De cette absence naît aujourd’hui une volonté de transmission. (...)
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