La coût de la vie, le manque d’opportunités d’emploi et la nécessité de subvenir aux besoins de leur famille poussent de nombreux jeunes Camerounais à émigrer.
Les autorités camerounaises affirment que plus de 6 000 enseignants, médecins et infirmières ont quitté leur poste dans la fonction publique au cours des trois derniers mois.
L’Europe est depuis longtemps une destination privilégiée pour les Camerounais, même si un nombre croissant d’entre eux trouvent des débouchés au Canada, où les programmes d’immigration sont plus favorables aux jeunes.
La vague de départs est telle que le présent Paul Biya, âgé de 91 ans et à la tête du Cameroun depuis plus de 40 ans, a officiellement déploré cet exode. Le chef de l’Etat a ainsi fait appel au patriotisme des jeunes et à leur devoir de rester au Cameroun, affirmant que partir n’était "pas la solution" aux problèmes du pays.
Ce message est relayé par les médias d’Etat, notamment a Yaoundé, la capitale, où il résonne chaque matin dans les haut-parleurs du lycée Government High School, dans le quartier de Nyom. (...)
Partir à tout prix
Mais les paroles de Paul Biya semblent tomber dans l’oreille d’un sourd. (...)
S’attaquer aux causes profondes de la migration
Tumenta F. Kennedy, consultant en migration internationale basé au Cameroun, rappelle que les mauvaises conditions de travail et les niveaux des salaires sont autant de facteurs qui poussent au départ. "Vous ne pouvez pas prôner des valeurs morales ou appeler au patriotisme pour inciter les gens à rester", estime-t-il. Selon lui, la nécessité de subvenir à ses besoins fondamentaux est bien plus importante.
"Pour faire face aux mouvements de masse, il faut s’attaquer aux causes profondes de la migration, telles que l’instabilité politique, les difficultés économiques, le manque d’opportunités d’emploi et enfin, aux problèmes de sécurité", résume Tumenta F. Kennedy.
Crises multiples
Le Cameroun est confronté à trois crises humanitaires. Dans l’extrême nord, près du lac Tchad, les islamistes radicaux de Boko Haram sèment la terreur. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le Cameroun est confronté à la crise anglophone et des revendications séparatistes. Le pays doit également faire face à l’instabilité de la République centrafricaine voisine.
Actuellement, le pays accueille plus d’un demi-million de réfugiés. La Commission européenne estime qu’environ 4 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire au Cameroun. (...)
Sur le plan économique, le pays est confronté à un fort taux de chômage. (...)
L’Europe ferme ses portes
Selon Tumenta F. Kennedy, les destinations traditionnelles en Europe ferment leurs portes. "Aller étudier en Allemagne, en France ou en Belgique est un cauchemar", assure le consultant, en soulignant que de nombreux Camerounais visent désormais l’Amérique du Nord.
"Ces dernières années, nous avons assisté à des campagnes de communication agressives de la part du Canada et des États-Unis", note-t-il (...)
Le Canada cible spécifiquement les Africains francophones pour satisfaire les besoins en main d’œuvre dans la province francophone du Québec.
Pour les États-Unis, le Cameroun indique que l’année 2023 a vu une augmentation de 70 % de la participation à la "Green Card Lottery", un système de tirage au sort de l’administration américaine qui délivre chaque année des dizaines de milliers de cartes de résident. (...)
Transferts de fonds
Les migrants africains renvoient des milliards de dollars dans leurs pays pour soutenir leurs familles et leurs investissements. Selon la Banque mondiale, les flux de transferts de fonds depuis l’étranger vers l’Afrique subsaharienne s’élevaient à 54 milliards de dollars en 2023.
Tumenta F. Kennedy assure que ces transferts de fonds jouent non seulement un rôle essentiel dans le développement de l’économie, mais aussi dans les processus de démocratisation en Afrique. (...)