De quelle Europe le président Macron veut-il se faire le « rempart » quand, diplomate d’une main, il attise de l’autre l’embrasement xénophobe dans les péninsules européennes ?
(...) Dans sa lettre du 4 mars adressée aux 28 pays de l’UE, Macron se pose en véritable « rempart » pour l’Europe. Le danger, affirme-t-il, dans un remake de l’élection qui l’a porté au pouvoir, c’est l’extrême droite et le populisme nationaliste, la peste brune qui partout porte en germe l’euroscepticisme, la xénophobie et le mépris des droits et libertés fondamentales. (...)
Si l’on ne peut pas nier la progression des mouvements d’extrême droite en Europe, il faut bien avouer que l’on ne perçoit pas plus de rempart macroniste. A peine une porte, peut-être, et qui, en contexte électoral, s’ouvre très largement aux idées nauséabondes contre lesquelles elle prétend nous défendre.
Idées morbides
A quels rameaux d’olivier Emmanuel Macron tente-t-il de se raccrocher quand, diplomate d’une main, il attise de l’autre l’embrasement xénophobe dans les péninsules européennes ? Quand Matteo Salvini se fait le ventriloque de Christophe Castaner qui criminalise les ONG en Méditerranée en les assimilant à des passeurs ? De quelle Europe veut-il se faire le rempart quand il n’offre aux naufragés que la formidable absence des navires de Sophia, l’opération de sauvetage européenne ?
Emmanuel Macron n’est pas un rempart face au Rassemblement national et ses amis européens, Salvini en première ligne. Ou alors un rempart qui s’effrite, un muret qui se dissout au contact de ce qu’il prétend contenir, ou s’y presse tant qu’il devient incapable de s’en différencier. Un mur de sable, aussi fragile que perméable, d’où percolent la bête immonde et ses idées morbides. (...)
Emmanuel Macron n’a toujours pas compris que l’on ne pouvait pas chasser impunément sur les terres électorales du nationalisme. En criminalisant le sauvetage en mer des migrants, en refusant de les accueillir dignement, en évacuant les camps de tentes précaires et en condamnant la solidarité comme si elle constituait un délit, il dérobe la France à sa tradition d’accueil, à cette solidarité historique chevillée au corps de ses habitants. Lorsqu’il sacrifie sans sourciller la vie de milliers d’innocents à ses jeux politiques, Emmanuel Macron incarne une Europe repliée sur elle-même, préparée à mener une guerre, n’importe laquelle, bien plus qu’à faire la paix.
Particularismes nationaux
Petit à petit, ce lent travail d’indifférence nous érode et morcelle un peu plus notre humanité. Il prépare le terrain, dédiabolise les extrêmes et rend commode l’inacceptable. (...)
Le règlement de Dublin, qui enchaîne ces femmes et ces hommes en exil aux premières préfectures qu’ils rencontrent, doit être réformé. Il en va de nos valeurs fondatrices, comme de notre éthique personnelle, de notre histoire commune, comme de nos convictions.
Le « rempart » à l’extrême droite, qu’Emmanuel Macron se targue d’incarner, n’a aucune consistance. Il bafoue l’égalité entre les humains, leur droit à pouvoir circuler librement, et la paix d’une Europe fraternelle, antidote à la guerre.
Indifférent au drame de vies qui n’ont pas l’heur d’être la sienne, il n’offrira à ces morts que pour seule sépulture, les gravats d’un rempart et le dégoût des murs.