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Tunisie : les migrants terrifiés par la vague d’"arrestations générales" visant les Subsahariens dans le pays
#Tunisie #racisme #migrants #immigration #expulsions
Article mis en ligne le 18 mai 2024

Depuis une dizaine de jours, les migrants vivant en Tunisie se disent traqués par les autorités tunisiennes. Les arrestations dans le pays se multiplient. À Sousse (Est) et Sfax (centre-est) principalement, les Subsahariens sont interpellés dans les rues, les cafés, les commerces ou encore chez eux. Leurs proches redoutent qu’ils soient envoyés dans le désert, aux frontières avec l’Algérie et la Libye. Un climat qui provoque un vent de panique chez les migrants de la région.

"Ils vont dans les maisons, cassent les portes, confisquent les passeports, volent tout ce qu’ils trouvent - téléphones, effets personnels, argent… - frappent les gens avec des matraques et les embarquent dans des bus". "Ils", comme les nomme Salif* un Guinéen d’une vingtaine d’années vivant près de Sfax (centre-est de la Tunisie), ce sont les agents de la Garde nationale tunisienne.

Selon nos informations, une nouvelle vague d’arrestations d’ampleur touche les Noirs en Tunisie, principalement dans les villes de Sousse (Est) et de Sfax. Dans les cafés, dans la rue, dans les gares, dans les taxis, dans les commerces et même dans les appartements, des Subsahariens sont interpellés partout par des agents en civil ou en uniforme. Le phénomène est tel que les migrants le qualifient d’"arrestations générales".

Contrôles au faciès (...)

Sur les réseaux sociaux, le compte Refugees in Libya, a publié le 10 mai une vidéo montrant des policiers s’introduire dans un immeuble pour interpeller des Noirs. Des Subsahariens sont montés sur le toit pour tenter d’échapper à ces rafles. (...)

Les personnes en situation régulière ne sont pas non plus épargnées. (...)

"Expulsions collectives illégales et arbitraires"

Sait-on où les migrants interpellés sont emmenés ? Difficile de le savoir tant il est compliqué d’entrer directement en contact avec eux : la plupart n’ont plus de téléphone, ou, s’ils sont parvenus à le conserver, ils n’ont plus de batterie.

Christian et Emmanuel affirment que leurs amis ont réussi à les joindre juste après leur arrestation. "Ils nous ont dit qu’ils avaient été envoyés dans le désert", signalent les deux Africains. Depuis, ils n’ont plus de leurs nouvelles. (...)

Dans un communiqué publié jeudi 16 mai, Amnesty international rappelle que ces "expulsions collectives" sont "illégales et arbitraires, sans procédure régulière ni évaluation de la protection individuelle, en violation flagrante du droit international". (...)

Ce genre de méthode n’est pas nouvelle : l’été dernier, des milliers de Subsahariens avaient été raflés à Sfax et expulsés dans le désert, à la lisière de l’Algérie et de la Libye. Une centaine de personnes y étaient mortes de soif.

Ces pratiques ont depuis perduré mais de manière plus sporadique. Ces derniers jours, tout porte à croire qu’elles se sont accentuées. Elles touchent désormais tous les endroits fréquentés par les Noirs. (...)

D’après plusieurs témoignages, cette nouvelle vague d’interpellations a débuté lundi 6 mai, le jour où le président tunisien Kaïs Saïed convoquait un Conseil de sécurité nationale. L’occasion pour le chef de l’État de prendre une nouvelle fois pour cible les exilés et les ONG qui leur viennent en aide, les qualifiant de "traîtres" - Kaïs Saïed avait déjà fustigé en février 2023 la présence de "hordes" d’immigrés venant d’Afrique subsaharienne, sources de "violences et de crimes". (...)

Le climat délétère qui vise les Noirs provoque la stupeur et la panique chez les migrants. Beaucoup n’osent plus sortir de leur lieu de vie. (...)