Dans le camp de Loon-Plage, à Dunkerque, l’inquiétude grandit parmi les migrants qui souhaitent se rendre au Royaume-Uni via la Manche. Beaucoup se demandent s’ils seront concernés par cette loi qui prévoit d’expulser vers le Rwanda les migrants entrés illégalement sur le sol britannique. Reportage.
James, comme la majorité des migrants rencontrés dans les différents petits campements disséminés de Loon-Plage ce jour-là, est "évidemment" inquiet par le plan Rwanda - qui prévoit l’expulsion vers Kigali de tout migrant entré illégalement sur le sol anglais. D’une part, parce que cet accord réduit à néant les efforts des exilés qui ont souvent marché des milliers de kilomètres pour fouler le sol britannique, d’autre part parce que le Rwanda fait peur. "Si Kigali était une option, un pays sûr, j’y serais allé. C’est un pays voisin pour moi ! J’aurais pas traversé le continent pour venir en Europe, j’aurais marché quelques heures et voilà", assène le Sud-Soudanais qui a quitté Juba en 2022.
"Dernier espoir"
Puis James marque une pause. "C’est pas un pays sûr", répète-t-il. "Ce n’est pas un bon régime. Maintenant que je suis là, j’irai en Angleterre. J’aimerais étudier. Rester en France n’a pas de sens, je ne parle pas cette langue". À ses côtés, Noah, un Darfouri de 16 ans qui vient de sortir de sa tente, acquiesce. "Moi aussi, je tenterai quand même la traversée... De toute façon, il n’y a rien d’autre à faire pour moi". (...)
Beaucoup de migrants ne semblent pas prendre la mesure de la loi. Certains espèrent "s’échapper" une fois sur le sol anglais - sans réaliser que les passagers des canots ramenés dans le port de Douvres seront systématiquement envoyés dans des centres fermés. "Je vais prendre la mer, et une fois sur place, je m’enfuirai, affirme ainsi Naheb, un Afghan qui est arrivé à Loon-Plage 48 heures auparavant. "Je m’enfuirai ou je me suiciderai". (...)
Beaucoup pensent aussi qu’ils ne sont pas concernés par cette loi. (...) "Nous sommes au courant de la loi, mais nous sommes avec des enfants, le plus jeune a sept ans, ils vont pas nous envoyer là-bas" (...)
Pourtant Rishi Sunak, le Premier ministre britannique, ne compte pas faire d’exception. Il ne souhaite plus accueillir de migrants - ni de son ancienne colonie soudanaise, ni d’ailleurs. Sa loi ne protège pas non plus les publics fragiles, les femmes ou les enfants.
À Loon-Plage, il y a aussi ceux, plus rares, qui n’ont jamais entendu parler de cette loi (...)
Ce mardi, seul un exilé a reconnu l’effet dissuasif de la loi. "Si je vois que les expulsions commencent, que des avions décollent vers le Rwanda, je changerais de parcours, j’irais tenter ma chance aux Pays-Bas", affirme Mohamed, un Soudanais diplômé en ingénierie.
Il devrait attendre quelques semaines avant d’être fixé : Londres a promis que les premières expulsions se tiendraient cet été et que 5 700 migrants fouleraient le sol rwandais avant la fin de l’année.
7 200 migrants ont traversé la Manche depuis le début de l’année (...)