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Sénégal : "Ces jeunes qui partent veulent être au cœur de la mondialisation, pas des victimes"
#Senegal #migrants #immigration #Dakar #naufrages
Article mis en ligne le 31 août 2024
dernière modification le 29 août 2024

Au Sénégal, l’armée donnait le week-end dernier un premier bilan de l’opération "Djoko" lancée le 15 août, pour lutter contre l’émigration clandestine. Depuis dix jours, des forces de l’ordre patrouillent sur le littoral, pour empêcher les départs de migrants clandestins depuis les côtes sénégalaises. En tout, 453 personnes, dont plus de la moitié de nationalité sénégalaise, ont été interpellées. Et parmi elles, des membres de réseaux de passeurs. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez commence aujourd’hui une tournée africaine, avec le Sénégal pour étape, pour évoquer l’immigration irrégulière. Y a-t-il eu un changement de politique depuis l’arrivée au pouvoir au Sénégal du duo Faye-Sonko ? Le sociologue Aly Tandian enseigne à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, et préside l’Observatoire sénégalais des migrations.

(...) Aly Tandian : Les recherches n’ont cessé de montrer les limites de la sécurisation en matière de réponse sur les questions de migration irrégulière. Alors, je ne sais pas pourquoi l’État du Sénégal a pris cette option. Ce que d’autres n’ont pu faire en termes de sécurisation des frontières, je ne vois pas comment l’État du Sénégal pourrait le faire. Pour rappel, il y a Frontex qui a eu à mener durant plusieurs années un contrôle strict et sévère des côtes européennes et extra-européennes.

Frontex est l’agence qui contrôle et sécurise les frontières de l’Europe…

Frontex n’a pas pu apporter des réponses parce que les causes de la migration irrégulière sont d’abord sociales. Je pense qu’il faudrait plutôt chercher les réponses au niveau du social, mais pas au niveau sécuritaire. (...)

nous avons toujours mobilisé des hypothèses en soutenant qu’il y a eu des départs parce qu’il y a l’absence d’avenir pour plusieurs candidats à la migration irrégulière, parce qu’il y a une vie difficile. Mais qu’est-ce qui a changé ? On a changé d’acteurs politiques, mais cette population juvénile n’a pas encore trouvé une réponse qui pourrait les rassurer et qui pourrait leur donner l’opportunité de rester davantage. Au contraire, les choses se sont intensifiées. Entre-temps, il y a une juvénilisation des candidats à la migration irrégulière, une présence de plus en plus importante de femmes et de jeunes filles sur les routes migratoires et désormais, un éclatement des destinations. (...)

Aujourd’hui, il y a toute une échelle qui est établie depuis les banlieues, les marchés et même les universités pour faciliter le départ des jeunes. Ces jeunes partent davantage, cherchant çà et là de l’argent en mobilisant des bourses, vendant le peu qu’ils possèdent pour partir, avec assez souvent la contribution de la parentèle. Les jeunes parlent du besoin de « se sauver », parce qu’en face ils n’ont rien d’autre que du noir et l’absence de perspectives. Quand les gens pensent que partir est une forme de suicide, c’est parce qu’ils ignorent les conditions de vie dans lesquelles les populations vivent dans leur territoire d’origine. Ces jeunes qui partent, ils veulent être au cœur de la mondialisation, ils ne veulent pas continuer à en être de simples victimes. Ce sont des acteurs qui profitent des technologies de l’information et de la communication, qui sont au courant du développement du monde (...)