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Sandia, née en France et mère de 6 enfants, symbole des expulsions expéditives à Mayotte
#Mayotte #camps #expulsions #migrants #immigration
Article mis en ligne le 19 septembre 2024
dernière modification le 18 septembre 2024

(...) Le vendredi est un jour qu’attend de pied ferme Sandia Rakib chaque semaine car c’est celui durant lequel elle peut appeler ses enfants. "Dès que je pense à eux, ça me brise le cœur", raconte au téléphone la Comorienne à InfoMigrants, peinant à retenir ses larmes.

Depuis un mois et son expulsion vers les Comores, ses six enfants âgés de 2 à 10 ans sont seuls avec leur grand-mère, pourtant malade. "Quand j’appelle, ils me disent : ’Maman on n’a pas les fournitures, on ne peut pas aller à l’école, on manque de ci, de ça, etc’. Et ça me tue d’entendre ça", témoigne-t-elle.

(...) Le 20 août dernier, alors qu’elle était en route pour déposer son dossier de demande de nationalité française, Sandia a été interpellée par la police. Un fait banal à Mayotte, où les contrôles sont réguliers. Selon Libération, dans une décision adressée à l’État français la Défenseure des droits a même dénoncé des contrôles d’identité policiers illégaux ciblant les migrants. Ici, plus de 40% des 321 000 habitants de Mayotte sont de nationalité étrangère, dont la majorité sans-papiers, venus principalement de l’archipel voisin des Comores.

"Mais cette fois-ci, malgré le fait que j’ai montré les actes de naissance de mes enfants, les certificats de scolarité et mes papiers, on m’a dit : ’Madame, on va vous renvoyer vers les Comores’", raconte Sandia Rakib. Et d’ajouter : "J’ai protesté, je leur ai dit que je n’avais rien à faire aux Comores, que ce n’était pas chez moi et que je ne connaissais personne là-bas. J’ai dit et redit que j’étais née à Mayotte, que ma mère et mes enfants étaient ici. Mais ça n’a rien changé". (...)

Si à l’âge de 27 ans elle ne dispose pas de la nationalité française grâce au droit du sol, c’est parce que l’état civil de Mamoudzou, la préfecture de l’île, a perdu son acte de naissance en 2011. Il aura fallu des années, l’aide de la Ligue des droits de l’homme et plusieurs saisies de la justice pour qu’elle obtienne enfin ce précieux sésame en août 2024, soit 13 ans durant lesquels elle n’a pas pu faire valoir ses droits. (...)

Depuis quatre semaines maintenant, la mère erre aux Comores. "Quand je suis descendue du bateau, je ne savais pas où aller. J‘avais perdu espoir", raconte-t-elle. Hébergé d’abord par une femme à qui elle a imploré à l’aide en sortant du bateau, elle vit aujourd’hui chez la sœur d’un homme qui a été expulsé le même jour qu’elle. "Je l’ai rencontré sur le bateau. Il m’a aidé. Je passe d’habitation en habitation, c’est difficile", confie Sandia, qui n’a aucune famille aux Comores. (...)

Cette situation est "incroyable", selon Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’homme à Mayotte. "Elle serait française, aujourd’hui, si la mairie n’avait pas perdu son acte de naissance. Quand je l’ai accompagnée, un agent a dit ’encore elle’, en soufflant. Ça faisait plus de 10 ans qu’elle demandait un document auquel elle avait droit", s’indigne Daniel Gros, qui a, selon des correspondances, alerté plusieurs fois les autorités.

"Les expulsions à Mayotte, c’est un travail à la chaine" (...)

la jeune femme a été éloignée vers les Comores car elle ne peut "justifier être entrée régulièrement à Mayotte" alors qu’elle est née en France, comme le confirme son acte de naissance.

Ainsi, le document poursuit que l’expulsion "ne [porte pas] une atteinte disproportionnée au droit de l’intéressée au regard de sa vie privée et familiale". Sandia a pourtant insisté sur la présence de ses six enfants à Mayotte au moment de son expulsion. Elle assure également avoir refusé son éloignement alors que le document stipule qu’elle "a fait part de son intention de quitter le département de Mayotte de manière volontaire". (...)

"C’est la machine à expulsion qui tourne. C’est terrible. On n’aide pas les gens ici. Sandia Sakib n’aurait dû avoir aucun problème dans sa vie. Elle a été privée de travail, d’allocations, de droits et elle vit dans un bidonville", tance Daniel Gros qui regrette que ce cas soit loin d’être inédit. "Cette année, je suis intervenu plusieurs fois pour des jeunes qui n’ont pas encore de titre de séjour", dit-il. (...)

"La seule solution qu’il me reste, c’est de prendre un kwassa-kwassa ?" (...)

L’OQTF, c’est un texte à trou. Les expulsions à Mayotte, c’est un travail à la chaine. Personne ne peut faire un travail de qualité, un examen sérieux des situations vu le rythme des expulsions. C’est de l’abattage”, explique l’avocate. (...)