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Retailleau sur l’immigration (2/4) : nouer des "accords avec le Maghreb", une politique à l’encontre du droit international ?
#Retailleau #immigration #migrants #UE #italie #maltraitances
Article mis en ligne le 28 septembre 2024
dernière modification le 25 septembre 2024

Dans une interview à TF1, Bruno Retailleau, le nouveau ministre de l’Intérieur, partisan d’une droite dure, a érigé la politique migratoire italienne en exemple. Il a notamment mis en avant l’accord passé par Rome avec la Tunisie pour tenter de stopper les traversées de la Méditerranée. Il serait tenté de faire de même.

"Pourquoi est-ce que l’Italie a jugulé les 2/3 de ses flux, notamment en matière d’immigration irrégulière ? Parce qu’il y a eu des accords avec la Tunisie, avec l’Égypte (…) Faire des accords avec les pays du Maghreb pour qu’il puisse y avoir une rétention de l’immigration, c’est fondamental", a déclaré lundi 23 septembre Bruno Retailleau sur TF1. (...)

"Pourquoi est-ce que l’Italie a jugulé les 2/3 de ses flux, notamment en matière d’immigration irrégulière ? Parce qu’il y a eu des accords avec la Tunisie, avec l’Égypte (…) Faire des accords avec les pays du Maghreb pour qu’il puisse y avoir une rétention de l’immigration, c’est fondamental", a déclaré lundi 23 septembre Bruno Retailleau sur TF1. (...)

Le nouveau ministre de l’Intérieur fait référence à l’accord noué entre Tunis et Rome à l’été 2023, avec le soutien de l’Union européenne (UE), destiné à "la gestion des frontières (…), des opérations de recherche et de sauvetage, (…), la lutte contre le trafic de migrants et la politique de retour". En échange d’une enveloppe de 105 millions d’euros, le président tunisien Kaïs Saïed s’est engagé à bloquer les départs de migrants vers les côtes italiennes et à augmenter le nombre d’expulsions vers les pays d’origine des exilés. (...)

Cette alliance a certes porté ses fruits : les arrivées de migrants ont baissé de 75% cette année en Italie, comparé à la même période de 2023 - plus de 47 000 personnes ont débarqué sur le sol italien depuis janvier via la Méditerranée, contre 133 000 l’année dernière au même moment. Mais à quel prix ?
Des migrants traqués en Tunisie

Depuis un peu plus d’un an, les Subsahariens vivant en Tunisie sont la cible de violences de la part de la population et des autorités. Agressés en pleine rue par des citoyens, ils sont aussi raflés depuis l’été 2023 par les policiers et abandonnés dans le désert. En un an, des milliers de Noirs ont été arrêtés dans les rues, les commerces ou les appartements, et envoyés dans les zones désertiques, aux frontières avec l’Algérie et avec la Libye. Une centaine de personnes y sont mortes de soif ou d’épuisement. Parmi elles, des femmes et des enfants.

InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages de Subsahariens violentés par les forces tunisiennes. (...)

Lors des interceptions en mer aussi, les pratiques des agents tunisiens sont pointées du doigt. Selon les migrants, les garde-côtes volent les moteurs des embarcations précaires et laissent dériver les canots pendant plusieurs heures. Ils font aussi des vagues autour des bateaux pour effrayer les naufragés. Un Guinéen avait expliqué à InfoMigrants qu’en raison de cette technique, "beaucoup de [ses] amis sont morts en mer".

En mai, la Commission européenne avait reconnu une "situation difficile" dans son partenariat avec la Tunisie, sans pour autant le remettre en cause. Mardi 24 septembre, elle a cependant demandé à Tunis d’ouvrir une enquête sur des témoignages mettant en cause des forces de l’ordre accusées de violences sexuelles sur des migrants, après la publication d’une enquête du journal anglais The Guardian. "Lorsqu’il y a des allégations d’actes répréhensibles concernant ses forces de sécurité (...) nous attendons que [la Tunisie] enquête dûment sur ces cas", a enjoint lors d’un point presse une porte-parole de la Commission.
Des migrants violentés en Libye

Bruno Retailleau ne s’en est pas fait l’écho, mais l’Italie a aussi signé un accord avec la Libye, en proie au chaos depuis la mort de Mouammar Kadhafi en 2011. Depuis 2017, Rome forme les garde-côtes libyens et leur fournit du matériel pour stopper les embarcations en mer. (...)

Les garde-côtes réputés pour leur brutalité interceptent donc depuis sept ans une grande majorité de migrants en Méditerranée et les ramènent de force vers la Libye. Ce partenariat entre Rome et Tripoli donne aussi aux autorités libyennes la charge de la coordination des sauvetages au large de Lampedusa, tâche qui incombait auparavant au centre de coordination de sauvetage maritime de Rome. Depuis le début de l’année, 14 000 migrants ont été interceptés par les garde-côtes libyens en Méditerranée.

Malgré les preuves de plus en plus nombreuses et documentées par les médias et les ONG sur les cas de maltraitance – voire de torture et de meurtres - envers des migrants sur le sol libyen, l’UE n’a pas non plus cessé son aide financière au pays. Les Vingt-sept avaient pourtant reconnu dans un rapport confidentiel remis en début d’année que les autorités libyennes avaient eu recours à un "usage excessif de la force" envers les migrants.

Depuis des années, InfoMigrants reçoit des témoignages d’exactions, de viols, de tortures, de rançonnages, de tabassages subis dans les prisons libyennes – officielles ou clandestines.

De l’autre côté de la Méditerranée, l’Espagne aussi a noué des accords avec plusieurs États africains pour essayer d’enrayer l’immigration irrégulière. Depuis des années, le Maroc repousse les migrants loin des côtes en échange d’une importante somme d’argent. Dans ce pays aussi, les violations des droits des exilés sont légion, selon des ONG.