Reconnaissance faciale, fouille dans les téléphones, traitement des données assisté par IA… Depuis qu’elle a été dotée d’un budget colossal, l’ICE multiplie les investissements dans les technologies de surveillance de pointe pour traquer les sans-papiers, mais aussi les citoyens américains qui se mobilisent contre ses actions.
(...) l’ICE utilise la reconnaissance faciale, la surveillance des médias sociaux et d’autres outils technologiques pour identifier les immigrants sans papiers mais aussi pour suivre les manifestants anti-ICE. Sur les réseaux sociaux ou les agences de presse, des vidéos et images circulent, montrant des agents de la police de l’immigration sortir leur téléphone et photographier des personnes dans la rue ou lors de contrôles routiers.
Grâce à l’application Mobile Fortify, il suffit d’un clic aux policiers fédéraux pour scanner le visage d’une personne et obtenir de nombreuses informations telles que son nom, son adresse et son statut administratif. Cette technologie, au départ créée pour les agents de la police aux frontières, qui opèrent généralement dans un rayon de 160 kilomètres de la frontière sud, où la loi régit différemment les contrôles et les fouilles par rapport au reste du pays, se répand et inquiète les défenseurs des droits. (...)
Outre au Minnesota, des actions en justice ont aussi été menées par l’État de l’Illinois et la ville de Chicago. Selon la plainte consultée par RFI, qui estime que l’ICE a « outrepassé ses pouvoirs » et demande à la justice l’arrêt de ces pratiques par la police de l’immigration, le département américain de la Sécurité intérieure a utilisé le système Mobile Fortify pour scanner les visages et les empreintes digitales plus de 100 000 fois dans cet État. La plainte cite plusieurs exemples où des agents fédéraux auraient pris des photos ou scanné des citoyens américains dans tout l’Illinois sans leur consentement.
Un projet de loi, baptisé « ICE Out of Our Faces Act », vise à mettre un terme à ce que ces sénateurs qualifient de « système de surveillance biométrique sans limites claires ni contrôle démocratique ». (...)
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a déclaré dans un communiqué que Mobile Fortify ne violait aucun droit constitutionnel et ne compromettait pas la vie privée. (...)
« L’une des machines de surveillance intérieure les plus vastes et les plus complètes de l’histoire »
Cet outil de reconnaissance faciale n’est que la partie émergée d’un vaste système de surveillance utilisé par l’ICE. Depuis que Donald Trump a fait de cette police le bras armé de sa politique migratoire, son budget a explosé, atteignant 28 milliards de dollars. L’ICE en a profité pour s’orienter vers tous types d’aides technologiques faisant d’elle, « l’une des machines de surveillance intérieure les plus vastes et les plus complètes de l’histoire », estime Cooper Quintin, expert en technologies à l’Electronic Frontier Foundation, une ONG internationale de protection des libertés sur internet basée à San Francisco, Californie. (...)
L’ICE a également, en 2025, renouvelé des contrats de plusieurs millions de dollars avec les sociétés Cellebrite et Paragon, ce qui permet à l’ICE de déverrouiller les téléphones et d’en extraire l’intégralité des données, y compris les applications, l’historique de localisation, les photos, les notes, l’historique des appels, les SMS et même les messages Signal et WhatsApp. Enfin, selon les informations du New York Times vendredi 13 février, l’ICE a envoyé des centaines d’assignations à comparaître à Google, Meta et d’autres entreprises afin d’obtenir des informations sur les identités derrière les comptes anonymes critiques de la police de l’immigration. (...)
Une fois toutes ces données recueillies, elles sont combinées avec les bases de données de nombreuses agences gouvernementales et viennent nourrir un monstre : ImmigrationOS. Ce système colossal, développé par la société Palantir va traiter avec l’intelligence artificielle ces milliards de données et ainsi proposer à l’ICE « une gestion de bout en bout des dossiers, de l’identification à l’expulsion, axée sur l’efficacité des expulsions », dénonce Amnesty International dans un rapport. « Le véritable cauchemar que représente Palantir pour les libertés individuelles est qu’elle permet aux gouvernements de relier des données qui n’auraient jamais dû l’être », estime de son côté Cooper Quintin. (...)
Et plus « alarmant encore », selon Jake Laperruque, directeur adjoint du Center for democracy and technology (CDT) c’est le fait que « tous les mécanismes de contrôle visant à prévenir les abus ou la surveillance excessive ont été supprimés ». « Les règles et directives internes relatives à l’utilisation de ces technologies sont abolies ou ignorées et les organes de contrôle internes ont été purgés dans tout le gouvernement » (...)