Quelques semaines après le scandale des « chiens-pandas » en Chine, des poussins multicolores en France, et alors que l’Italie vient d’interdire la pratique du « Puppy Yoga », les débats autour du bien-être animal sont relancés : jusqu’où irons-nous pour être dans la tendance et satisfaire nos besoins de voir du « mignon » ?
(...) Les réseaux sociaux au cœur de la machine
Des tendances extrêmement populaires, notamment grâce aux réseaux sociaux et l’abondance de publications d’animaux déguisés ou placés dans des situations cocasses, jugées « trop mignonnes », filmées et « likées » par des internautes incapables de reconnaître les signes de stress chez l’animal.
Mais les plateformes sont aussi la vitrine de maltraitances tout à fait conscientes : de faux sauvetages d’animaux, volontairement placés dans des situations dangereuses avant de miraculeusement croiser le chemin d’un internaute, par exemple filmé en train de sauver un chien coincé sur des rails de chemin de fer. Des mises en scène qui font prendre des risques aux animaux et les placent dans des situations de stress intense, mais qui font la joie des utilisateurs naïfs.
Des vidéos que Youtube a décidé d’interdire en 2021, mais qui sont nombreuses à être toujours disponibles sur la plateforme, et circulent à l’envi sur Instagram et Tik Tok. Si, pour l’instant, une loi française interdit aux influenceurs d’utiliser des animaux sauvages captifs à des fins promotionnelles, pas de projet de loi en vue, à l’échelle nationale ou internationale pour réguler davantage les publications mettant en scène des animaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques. Le meilleur moyen reste donc, en attendant, de fuir ces contenus comme la peste et résister à la tentation de partager pour dénoncer, au risque de financer les auteurs de la vidéo en leur apportant davantage de visionnages. (...)
La justice en peine pour appliquer la loi
En France, la loi visant à lutter contre la maltraitance animale adoptée en 2021 a marqué une belle avancée pour le droit des animaux et prévoit notamment l’interdiction aux cirques et delphinarium de détenir des animaux non domestiqués à partir de 2028, ainsi que la vente de chiots et chatons en animalerie. Sauf que, sur le terrain, c’est une autre histoire.
D’abord parce que l’adaptation prend du temps : les cirques et les delphinarium doivent, par exemple, se charger de trouver des structures d’accueil pour les animaux sauvages, et les aides de l’État ne couvrent pas complètement cette transition coûteuse... qui se fait, encore une fois, au prix du bien-être animal, comme dans le cas des orques de Marineland, ou des cirques vendant des bébés lions à des particuliers non formés.
Ensuite parce que les nouvelles pratiques, comme le Puppy Yoga, ont le temps de s’installer sur le territoire avant que l’État ne légifère, ce qui peut prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. (...)
Enfin, parce que les réseaux sociaux, encore eux, favorisent, à l’échelle internationale, le trafic d’animaux sauvages que certains rêvent de voir dans leur salon : c’est ainsi que servals, fennecs et écureuils sont vendus via Facebook ou Instagram à bas prix, et en tout illégalité. Un trafic particulièrement actif en France : sa biodiversité et sa position géographique en font « un pays d’origine, de destination et de transit », rapporte Le Monde dans une longue enquête consacrée au sujet.
Le chemin est encore long avant de voir les droits des animaux respectés et que l’objectivisation d’êtres vivants afin de satisfaire des besoins de « mignonnerie » soit interdite (...)