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"Pour venir ici, il ne faut pas tenir à la vie" : la frontière polono-biélorusse, un "cauchemar" pour les migrants
#migrants #Pologne #Bielorussie #immigration
Article mis en ligne le 2 mai 2024

Une nature inhospitalière, un mur presque infranchissable et des pushbacks en nombre : la frontière qui sépare la Pologne de la Biélorussie est une zone très dangereuse pour les migrants. Comme Ali, Abdou ou Solomon, des dizaines de milliers d’entre eux tentent chaque année d’entrer dans l’Union européenne en empruntant cette route. Pour certains, au péril de leur vie.

un groupe de huit migrants éthiopiens tente de reprendre des forces. Malgré la température estivale, tous sont emmitouflés dans un manteau, ou un épais sweat à capuche. L’un d’eux vient d’engloutir les trois quarts d’une bouteille d’eau tout juste apportée par des membres de l’ONG Service volontaire d’urgence humanitaire de Podlachie (POPH).

Après 45 jours dans la forêt biélorusse, et quatre sans manger, les voilà en Union européenne (UE). "On est épuisés, mais enfin on est arrivés. C’est le plus important", soupire Solomon. Quelques sourires s’affichent sur des visages aux traits tirés. (...)

Comme des milliers de personnes depuis 2021, ils ont posé le pied en Pologne après avoir traversé la frontière biélorusse. À l’époque, l’UE avait dénoncé une "attaque hybride" menée par le président Alexandre Loukachenko : entre septembre et novembre 2021, environ 10 000 migrants - arrivés munis d’un visa à Minsk - s’étaient massés à la frontière près du village polonais d’Usnarz Gorny. Les images de ces groupes d’exilés, et de centaines d’enfants coincés derrière des fils barbelés, avaient fait le tour du monde.

Depuis, la forêt semble avoir retrouvé son calme. Mais si les afflux ont disparu, les passages de migrants, eux, sont toujours aussi réguliers. Moins visibles, ils s’étalent aujourd’hui sur toute la province de Podlaski, qui couvre les trois quarts des 186 km de frontière que partage la Pologne avec la Biélorussie. En 2023, 26 000 tentatives de passage y ont été détectées, contre 15 700 en 2022 et 35 000 en 2021, d’après la porte-parole des garde-frontières Katarzyna Zdanowicz.

Et depuis le 1er janvier 2024, 8 200 tentatives ont été comptabilisées, sachant qu’une même personne peut s’y reprendre à plusieurs reprises avant de passer la frontière.

Fractures, blessures et paralysie (...)

Présent dans la zone depuis novembre 2022, Médecins sans frontières (MSF) constate "une augmentation des fractures chez les personnes assistées". Une fois arrivés en haut de la barrière avec une échelle, les exilés sautent de l’autre côté. Et "se brisent la cheville, la jambe, les bras", déplore Joanna Ladomirska, coordinatrice médicale pour l’ONG.

"Il y a quelques mois, "une personne s’est retrouvée paralysée après être retombée sur le dos", affirme de son côté Faustyn, du collectif Grupa Granica. Beaucoup se blessent aussi à cause des barbelés, "aiguisés comme des lames de rasoir". "Certaines personnes à qui on porte assistance ont la peau des mains arrachées". (...)

Le 22 octobre 2023, un homme n’a pas survécu à sa chute. (...)

Pushback légaux

Autre signe du durcissement opéré par le gouvernement polonais, la multiplication des forces de l’ordre, omniprésentes dans la zone du village de Bialowieza, épicentre des passages. Deux mille garde-frontières au total patrouillent quotidiennement sur les routes forestières de Podlaski, soutenus par plusieurs centaines de soldats. Pour les exilés, quasiment impossible donc de ne pas se faire arrêter une fois la clôture passée.

La procédure veut que chaque migrant intercepté puisse répondre à deux questions posées par un agent : "Etes-vous en bonne santé ?" et "voulez-vous demander l’asile ?". "La plupart sont en bonne santé et ne souhaitent pas de protection, assure Katarzyna Zdanowicz. Dans ce cas, on les renvoie côté biélorusse, en ouvrant une porte dans la clôture". Une forme de pushback rendue légale par Varsovie en octobre 2021, bien que contraire à la Convention de Genève que la Pologne a signé en 1991. Entre le 1er juillet 2023 et le 16 janvier 2024, 6 070 pushbacks ont été perpétrés par les garde-frontières polonais, d’après les autorités.

Si un exilé assure en revanche vouloir demander une protection, il est transféré en centre de détention, "ouvert ou fermé, selon qu’il dispose de documents d’identité ou non", indique encore la porte-parole. (...)

Voilà pour la théorie. Car en pratique, les arrestations dans la forêt, à l’abri des regards, sont parfois bien plus brutales. "Cela dépend vraiment du garde sur lequel les migrants tombent, explique Faustyn. Certains font leur travail, et d’autres abusent de leur autorité. Les exilés nous racontent souvent par exemple avoir été gazés juste après avoir été arrêtés, comme ça, sans raison". En octobre dernier, Ahmed, confiait à Grupa Granica que "les soldats [polonais] vous attrapent, crient, vous giflent, vous frappent au sol, vous serrent les mains dans le dos, écrasent votre visage au sol avec leurs chaussures. Et puis ils vous jettent par-dessus la clôture".

Difficile aussi de savoir si, dans ces conditions, les droits des candidats à l’exil sont respectés. (...)

Voilà pour la théorie. Car en pratique, les arrestations dans la forêt, à l’abri des regards, sont parfois bien plus brutales. "Cela dépend vraiment du garde sur lequel les migrants tombent, explique Faustyn. Certains font leur travail, et d’autres abusent de leur autorité. Les exilés nous racontent souvent par exemple avoir été gazés juste après avoir été arrêtés, comme ça, sans raison". En octobre dernier, Ahmed, confiait à Grupa Granica que "les soldats [polonais] vous attrapent, crient, vous giflent, vous frappent au sol, vous serrent les mains dans le dos, écrasent votre visage au sol avec leurs chaussures. Et puis ils vous jettent par-dessus la clôture".

Difficile aussi de savoir si, dans ces conditions, les droits des candidats à l’exil sont respectés. (...)