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"On va vraiment rester ici tout l’hiver ?" : En Belgique, toujours plus de migrants se retrouvent à la rue
#Belgique #migrants #immigration #sansabri
Article mis en ligne le 6 décembre 2024

En Belgique, les associations sonnent une nouvelle fois l’alerte sur le nombre de migrants qui vivent à la rue. Alors que le nombre de place n’évolue pas, voire baisse, le nombre de sans-abri dans la capitale, lui, ne cesse d’augmenter et pousse des centaines de migrants à l’errance.

Recroquevillé derrière des barrières recouvertes de cartons, Pascal* vit sur quelques mètres carrés de sol tapissés de sacs de couchage et de couvertures avec quatre autres personnes. Même si elles sont à l’abri du vent sous ce porche d’immeuble, celles-ci sautent d’enthousiasme en voyant la camionnette rouge et blanche de la Croix-Rouge, comme chaque mercredi, se garer devant leur lieu de vie et amenant avec elle des boissons chaudes et des repas. (...)

Le Congolais arrivé en Belgique il y a six mois, le visage dissimulé sous un bonnet et un masque chirurgical qui laisse échapper sa barbe drue, tend immédiatement la main pour obtenir un café, mais surtout, des réponses. Car comme tous les demandeurs d’asile, il est victime du système d’accueil belge surchargé. Depuis plus d’un an, le gouvernement a fait le choix de laisser de côté les hommes seuls, privilégiant l’hébergement des femmes et enfants.

Épuisé par les nuits glaciales et les premiers flocons de neige qui ont fait leur apparition la semaine dernière, Pascal laisse éclater sa colère. "La Belgique va vraiment nous laisser ici tout l’hiver ? Vous savez qu’il va y avoir un mort à ce rythme-là !", tance-t-il. "On ne demande pas grand-chose, un immeuble désaffecté avec des toilettes ça irait. Ce qu’il nous faut, c’est juste un endroit où se poser l’esprit le soir. La vie est déjà assez dure ici", ajoute-t-il, craignant que certains "pètent les plombs dans la rue".

Des questions qui laissent sans-voix les bénévoles de la Croix-Rouge pour qui la seule réponse est d’évoquer un parking sous-terrain en face de "Pacheco", l’ancien bâtiment où les migrants se rendaient pour demander l’asile. Auparavant, plusieurs dizaines de demandeurs d’asile avaient établi un lieu de vie ici avant qu’ils n’en soient délogés. Maintenant, les exilés sont éparpillés dans la capitale, cachés dans les recoins de la ville.

Récemment, les bénévoles ont découvert un groupe d’Afghans installé sous un pont entassés sur un rebord d’à peine un mètre de large le long du canal. (...)

L’absence de solution n’atteint pas la motivation de Dirk Nijs, retraité et indéboulonnable bénévole. Il revient tous les mercredis pour cette maraude et est aux premières loges de cette situation qui s’aggrave. "C’est assez simple à évaluer. Je fais des rapports régulièrement depuis que je suis devenu bénévole il y a 3 ans. En 2022, on ne faisait qu’une maraude le mercredi pour une moyenne de 60 bénéficiaires. En 2023, c’était environ 88 par maraudes. Maintenant, on fait en plus des maraudes le dimanche pour une centaine de personnes".

Un grand décompte a été réalisé par les organisations humanitaires le mois dernier à Bruxelles. Le résultat est attendu au printemps 2025 mais les associations s’attendent à atteindre le nombre de 10 000 personnes sans abri dans la capitale belge. Il était de 7 000 lors du dernier décompte en 2022. "Les chiffres détaillent à eux seuls la situation", se désole le bénévole. (...)

Selon le Hub, "depuis le début de l’année, sur les 521 familles qui se sont présentées en demande d’un hébergement, plus de la moitié (276) n’a pas pu trouver une place dans le réseau d’hébergement d’urgence car ce dernier est totalement saturé". "On a des chiffres qui sont problématiques. Il faut que le réseau d’accueil soit en mesure de s’agrandir", explique Danièle Morritti, contemplant les dizaines de migrants faisant charger leur téléphone sous une fresque de drapeaux représentant les pays d’origine des exilés. (...)

"Epée de Damoclès"

Pour faire face à la crise, la Croix-Rouge a décidé de rouvrir mi-novembre 100 places d’hébergement d’urgence pour des familles et enfants. "Mais le lieu a été immédiatement rempli", explique Dirk, le bénévole maraudeur de la Croix-Rouge. Et il n’est que temporaire. Il avait déjà fermé une première fois, faute de financement. Il sera clos à nouveau une fois l’hiver passée en mars 2025.

"Des familles, dont des bébés de quelques mois, sont hébergées dans l’urgence, en ayant cette épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes", explique la Croix-Rouge qui demande "aux autorités d’envisager des perspectives à court et long terme". "L’urgence n’est pas simplement d’offrir un abri pour la nuit, mais de créer un parcours de soutien, un chemin vers la stabilité et la réinsertion sociale", conclut l’ONG qui se dit "inquiète face aux manques de solutions proposées à Bruxelles". Il y a quelques mois, c’est par le Conseil de l’Europe que la Belgique a été épinglée pour son accueil des demandeurs d’asile. Le pays doit augmenter la capacité de son réseau d’accueil car il ne respecte pas les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). (...)