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l’Humanité
« Mieux vaut mourir en combattant l’injustice que comme un rat pris au piège » : Ida B. Wells-Barnett, l’ancienne esclave qui a fait du journalisme une arme contre l’Amérique raciste
#IdaBWellsBarnet #antiracisme #feminisme #journalisme
Article mis en ligne le 1er janvier 2026
dernière modification le 30 décembre 2025

Née esclave au milieu du XIXe siècle, l’Américaine est devenue institutrice, journaliste et directrice de journal. Elle fut l’une des initiatrices du mouvement pour les droits civiques, à la pointe du combat contre le lynchage, et militante des droits des femmes noires.

Soixante-dix ans avant Rosa Parks, il y a eu Ida B. Wells-Barnett. Cette Africaine-Américaine n’a que 22 ans, en mai 1884, quand elle défraye la chronique en résistant à l’injonction d’un conducteur de train. Il veut qu’elle quitte le wagon de première classe, malgré son ticket, pour celui, bondé et enfumé, réservé aux personnes de couleur.

Elle refuse. Il la met dehors, sous les applaudissements des passagers blancs. Mais Ida n’en reste pas là. Elle intente un procès contre la compagnie ferroviaire, qui va remonter jusqu’à la Cour suprême du Tennessee. L’incident la fait entrer dans la lumière. Il lance aussi sa carrière de journaliste, quand elle le raconte dans l’hebdomadaire The Living Way.
Une figure majeure de la presse militante née esclave

« Mieux vaut mourir en combattant l’injustice que mourir comme un chien ou un rat pris au piège », écrira Ida B. Wells dans ses mémoires. Une phrase qui peut résumer la vie de cette femme née esclave en 1862 à Holly Springs, dans le Mississippi. À 1 an, elle est affranchie avec ses parents quand le président Lincoln proclame l’émancipation.

Son père, charpentier, est impliqué dans la création de la première institution d’éducation supérieure pour Africains-Américains, le Rust College. Ida y bénéficie d’un accès à l’éducation. Cela lui permet de devenir enseignante à 14 ans, pour subvenir aux besoins de sa fratrie après la mort des parents. (...)

une devise : « Le peuple doit savoir avant de pouvoir agir, et il n’y a pas d’éducateur comparable à la presse. » (...)

Quand enquêter devient un acte de survie politique

Mais s’il est une cause qui va dominer toutes les autres chez Ida B. Wells, c’est le combat contre le lynchage. Sa sensibilité à ce qu’elle qualifie de « crime national » vient d’un drame personnel. En 1892, un de ses amis, propriétaire de l’un des premiers commerces africains-américains de Memphis, l’Épicerie du peuple, est lynché.

La foule a été excitée par des commerçants blancs soucieux de garder leur monopole. Parce que « ceux qui commettent les meurtres écrivent les rapports », Ida réalise sa propre enquête et la publie. Ce geste la transforme à son tour en cible. Son journal est attaqué et elle doit fuir. (...)

Autre cause qu’elle défendra toute sa vie, celle des femmes afro-américaines. Elle participe à la fondation de nombreux club de promotion du vote féminin comme la Ligue des femmes de couleurs. Ce combat l’amène à travailler avec des suffragettes blanches, mais Ida Wells ne manque jamais de rappeler leur racisme, quand elles refusent par exemple de condamner le lynchage au nom du viol présumé de femmes blanches.

Et en 1913, lors de la marche organisée par la National American Woman Suffrage Association (Nawsa), elle s’incruste dans le cortège de délégation de Chicago, qui souhaitait qu’il n’y ait que des Blanches. Au cœur du mouvement pour les droits civiques, Ida participe aussi en 1909 à la création de la National Association for the Advancement of Coloured People (NAACP).

Il faudra attendre 1970, bien après sa mort en 1931, pour que son autobiographie soit enfin publiée. Et ce n’est qu’en 2020 qu’elle a reçu la reconnaissance de ses pairs sous la forme d’un prix Pulitzer, la plus haute consécration du journalisme américain.