En 2020, Julien Chavanes, rédacteur en chef de « Neon », publie une enquête sur les agressions sexuelles qu’aurait commises le chanteur Spleen. Quelques mois plus tard, Vivendi rachète le média et Prisma supprime le site en février 2024, dont cet article. Une disparition aux multiples conséquences.
(...) « Après l’état de choc, on s’est transmis des conseils pour sauvegarder au mieux les articles qu’on voulait sauver », se remémore Julien Chavanes, dix ans de carrière à Neon, dont quatre et demi avec la casquette de rédacteur en chef.
Une décennie si dense qu’il lui est impossible de tout conserver. Certains papiers s’imposent toutefois comme prioritaires. (...)
Bel et bien disparue en février 2024, l’enquête demeure précieusement conservée sous forme PDF. « Mais c’est illisible ainsi. Lorsque j’ai partagé le document sur LinkedIn et que j’ai vu que des gens l’avaient consulté, j’étais un peu gêné du format », reconnaît-il. S’il considère que le papier avait rempli sa mission, menant à une enquête judiciaire, il regrette la disparition d’une pièce pour le tribunal et « un mauvais signal envoyé aux victimes ». (...)
L’auteur suspecté des violences, enfermé dans une thèse du complot, s’est notamment servi de la disparition de Neon dans l’un de ses procès, arguant que le contenu ne devait pas être bien sérieux ni crédible pour disparaître si vite. (...)
Chaque année, des médias web ferment ou sont remis à zéro, ne laissant aucune trace de leur passé. Une étude du Pew Research Center, publiée en 2024, montre que 38 % des pages web qui existaient en 2013 ne sont plus accessibles une décennie plus tard. (...)
Cibler des rédactions « protégées de certaines formes de prédation » (...)
En attendant, il travaille toujours sur les violences sexuelles, cette fois pour un livre. Un format « peut-être dû à tout ça, en me disant qu’un livre, c’est sûr que je le conserverai dans ma bibliothèque et que ma fille pourra encore le ressortir dans 40 ans ». Et de laisser un temps de réflexion : « Quoique, même un livre, le garder 40 ans, c’est sans doute un peu utopique. »