Le gouvernement britannique espère expulser vers le Rwanda 5 700 demandeurs d’asile "d’ici la fin de l’année", a-t-il indiqué mardi. Parmi eux, 2 143 exilés sont identifiés et devraient bientôt être placés en détention. Les autorités tentent de localiser les autres personnes visées par la première phase d’expulsion.
Londres brandit un premier chiffre pour son projet d’expulsion vers le Rwanda, adopté la semaine dernière par le Parlement britannique. Le Royaume-Uni souhaite transférer 5 700 demandeurs d’asile dans ce pays d’Afrique de l’Est dans les prochains mois. "Nous compter expulser [ce groupe] d’ici la fin de l’année", a déclaré la ministre de la Santé, Victoria Atkins, lors d’une interview à Sky News mardi 30 avril. (...)
Ces personnes ont été sélectionnées parmi plus de 57 000 migrants arrivés de manière irrégulière en Angleterre par la Manche entre début janvier 2022 et fin juin 2023, selon un décompte de l’AFP établi à partir de données officielles.
Selon un document publié lundi par le ministère de l’Intérieur, Kigali "a accepté en principe" d’accueillir 5 700 exilés. Ces derniers verront leur demande d’asile traitée par le Rwanda et ils ne pourront pas venir de manière légale sur le sol britannique.
"Ils seront trouvés et ils seront expulsés" (...)
Depuis lundi, le gouvernement mène une importante opération visant à arrêter des demandeurs d’asile dans tout le pays pour remplir les prochains avions en partance vers Kigali, a révélé le quotidien britannique The Guardian. Pendant deux semaines, des exilés pourront être interpellés dans les bureaux des services de l’immigration ou encore lors des rendez-vous de mise en liberté sous caution.
Ils seront ensuite orientés vers des centres de détention et enfermés dans ces structures en attendant les premiers vols pour le Rwanda, prévus dès cet été.
Conditions "inacceptables" de détention des migrants
L’une de ces structures est d’ailleurs sous le feu des critiques au Royaume-Uni. Dans un rapport rendu public lundi, l’inspecteur en chef des prisons, Charlie Taylor, dénonce les conditions "inacceptables" de détention des migrants dans le centre situé à côté de l’aéroport de Luton.
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– Royaume-Uni : premières arrestations de demandeurs d’asile en vue des expulsions vers le Rwanda
Des interpellations ont été menées, depuis lundi, pour placer en rétention les premiers demandeurs d’asile expulsables vers le Rwanda, dans le cadre du plan voté la semaine dernière par le Royaume-Uni. Le Home Office n’a pas encore détaillé le nombre et les nationalités de ces personnes interpellées, mais réitère son objectif de faire décoller les premiers vols en juillet et d’atteindre 5 700 expulsions d’ici la fin de l’année. (...)
Selon le Times, des femmes se trouvaient parmi les personnes appréhendées par les quelque 800 agents déployés sur le territoire pour ces raids d’interpellation. (...)
Ces arrestations font suite à l’adoption du plan Rwanda dans la nuit du lundi 22 au mardi 23 avril, après de longs mois de contestation de la société civile, de recours en justice et d’aller-retours parlementaires. Pour rappel, ce plan consiste à éloigner sous la contrainte, vers ce pays d’Afrique de l’est, des exilés primo-arrivants sur le sol britannique, afin d’y faire examiner leur demande d’asile.
Les mineurs non-accompagnés, seule exception aux arrestations
Sollicité par Infomigrants, le Home Office ne souhaite pas "communiquer de détails opérationnels" concernant le nombre d’arrestations effectuées jusqu’ici. Ni les nationalités des personnes interpellées. (...)
La liste de ce premier groupe de migrants expulsables a été envoyée au Rwanda, qui a accepté leur prise en charge. Mais selon une étude d’impact publiée par le Home Office lundi, seuls 2 145 exilés parmi les 5 700 identifiés "continuent de se présenter" aux services de l’Intérieur et peuvent ainsi être localisés rapidement "en vue d’une détention". (...)
2 200 places en rétention, dans des conditions parfois "inacceptables" (...)
Outre les arrestations qui promettent de se multiplier, des départs "volontaires" ont déjà lieu vers le Rwanda. Selon la presse britannique, un premier demandeur d’asile, dont la nationalité n’a pas été précisé mais qui serait ressortissant d’un pays africain, y a été expulsé en début de semaine. Celui-ci avait vu sa demande d’asile refusée fin 2023. Il faisait partie d’un programme basé sur le volontariat pour les migrants déboutés - un cadre bien distinct du plan Rwanda actuel. En acceptant l’expulsion, ces personnes déboutées peuvent recevoir une contrepartie financière pouvant aller jusqu’à 3 000 livres sterling (3 500 euros environ), selon le Times.
Politique dissuasive ?
Pour rappel, le plan Rwanda s’inscrit dans le cadre d’une politique plus large, intitulée "Stop the boats" par le gouvernement britannique. "La politique rwandaise dissuadera les migrants de faire des voyages périlleux à travers la Manche", affirment ainsi les autorités dans le communiqué.
Pourtant, dans le nord de la France, les exilés rencontrés par Infomigrants ont un tout autre discours. L’immense majorité espère échapper aux expulsions une fois sur le sol britannique, ou affirme simplement n’avoir pas d’autre choix, après avoir parcouru des milliers de kilomètres depuis leur pays d’origine. A l’instar de Racho, 18 ans, pour qui l’Angleterre constitue "le dernier espoir".