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"Le pire, c’est de ne pas savoir" : Kenza, sans nouvelles de son frère disparu en mer près de Ceuta
#migrants #immigration #Algerie #Ceuta #naufrages
Article mis en ligne le 31 mai 2024

Kenza cherche désespérément son petit frère, Hamza, originaire de Tizi Ouzou en Algérie. Le jeune homme de 27 ans a tenté, en août 2023, d’atteindre l’enclave espagnole de Ceuta à la nage. Il reste depuis introuvable. Témoignage.

"Jamais je n’aurais cru devoir subir ça. La disparition de mon frère.

Hamza est parti de chez moi, à Tizi Ouzou, le 7 juin 2023. Il ne m’avait pas prévenu, il a pris un petit sac à dos, ses claquettes, un short et un t-shirt. Au début, je pensais qu’il était chez des amis, il faisait souvent ça. Et puis au bout de trois jours il m’a appelé et m’a dit : ’Je suis au Maroc, je vais nager jusqu’en Espagne’. J’ai eu un choc. (...)

dès que Hamza est entré à l’université en sociologie, il a fait des demandes de visa étudiant. À chaque fois, elles ont été refusées. Il en a fait une dernière cette année, pour l’Espagne cette fois. Il a reçu un ultime refus le 1er juin. Celui-ci, il ne l’a pas accepté : six jours après, il a quitté l’Algérie.

Nous, on lui a toujours dit d’attendre d’avoir des papiers pour partir, que la mer, c’était risqué. Mais il n’a pas voulu nous écouter.

Le 31 mars, le corps d’un migrant "maghrébin" a été retrouvé par la Garde civile sur la plage de Ribera, à Ceuta. Trois semaines plus tôt, un autre corps sans vie avait été trouvé au milieu des rochers, et un autre candidat à l’exil avait disparu la veille. (...)

Depuis Fnideq, il a tenté à trois ou quatre reprises de nager jusqu’à Ceuta. À chaque fois, il a été intercepté par les garde-côtes marocains, qui lui ont confisqué sa combinaison de plongée et ses palmes. Et à chaque fois aussi, il a été renvoyé en bus à Casablanca, d’où il revenait en train.

La veille de sa disparition, le 3 août, il m’a appelé vers 22h. On a discuté. Il m’a dit que les traversées se faisaient la nuit, à partir d’1h du matin. Et qu’il attendait, avec ses amis, que la mer soit agitée pour partir. Il disait que comme ça, il y aurait moins de garde-côtes (...)

Mes parents sont malades de sa disparition. Mon père est en dépression. Il ne vit plus.

La disparition de Hamza a tout changé dans ma vie. Quand je souris ou que je passe un bon moment, je pense à mon frère, et là, tout s’arrête. On est croyant dans la famille, mais c’est tellement dur et usant, si vous saviez".