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Marie-Claude Saliceti
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France24
Le combat silencieux d’Olga, exilée russe, pour ne pas oublier les enfants d’Ukraine
#guerreenUkraine
Article mis en ligne le 24 février 2026

Quand ses enfants ont le dos tourné, Olga se plonge dans la guerre en Ukraine, qui a pris un tournant majeur après l’invasion à grande échelle par la Russie il y a quatre ans, le 24 février 2022. Cette mère de famille russe regarde les photos des civils tués pour ne pas oublier les visages des enfants victimes du conflit. Exilée en France, elle s’isole de ses compatriotes.

En 2010, Olga* réalise qu’elle devra quitter la Russie tôt ou tard. "Même à l’époque, je n’avais pas le sentiment de vivre dans un pays libre."

Elle grandit pourtant à Moscou, dans une "bulle" moderne et privilégiée : les cafés à l’occidentale ne désemplissent pas, les vols vers l’Europe se succèdent chaque jour. En surface, tout semble ouvert sur le monde. Mais sous le règne de Vladimir Poutine, elle sent le climat changer.

"On pouvait sentir le poids de l’État derrière soi", se souvient-elle. "Je n’exprimais jamais mes opinions en public. Même partager mes pensées avec des amis ne me semblait pas sûr."

Alors, lorsqu’une opportunité d’échange universitaire se présente, elle la saisit. Moins d’un an plus tard, elle s’installe à Paris. "Officiellement, c’était temporaire, mais je savais déjà que je resterais."

Très vite, elle engage des démarches pour obtenir la nationalité française. En France, ses amis les plus proches sont ukrainiens. Puis, en 2014, la Russie envahit la Crimée et annexe le territoire. "Avant cela, nous nous considérions presque comme un seul et même peuple, Russes et Ukrainiens. Mais après 2014, ce n’était plus possible de le dire." (...)

"En Russie, les gens sont soit endoctrinés, soit terrifiés – je ne sais pas lequel des deux", dit-elle. Elle compare leur loyauté sans faille envers "la mère patrie" à une forme de dépendance affective. "Un peu comme des enfants qui défendent leur père alcoolique simplement parce que c’est leur père."

Olga sait pourtant que sa propre mère agit, au moins en partie, par peur. "Elle supprime tous mes messages vocaux. Elle pense que tout est écouté, même quand on parle du temps qu’il fait."

Se sentir surveillée

La guerre bouleverse aussi la vie d’Olga en France. Depuis 2022, elle évite les endroits où des Russes pourraient être présents. "Je n’y allais déjà pas beaucoup avant, mais maintenant je n’y vais que si c’est l’anniversaire d’un très bon ami, par exemple." Elle garde également ses distances avec les institutions officielles, comme l’ambassade ou l’Église orthodoxe russe à Paris. (...)

"Il y a des caméras qui vous surveillent – on le sent dès qu’on s’approche", affirme-t-elle. "Et je ne veux pas que quelqu’un tente de me recruter."

Une méfiance qui ressurgit à chaque fois qu’elle croise une personne russe en France. "Je me sens très mal à l’aise. On ne sait jamais ce qu’ils pensent. J’évite autant que possible de faire de nouvelles connaissances russes."

Elle a ainsi coupé les ponts avec au moins deux amies russes à Paris. (...)

Dans les premières semaines qui suivent l’invasion, même le trajet jusqu’à l’école de ses enfants devient une épreuve. Les parents français ignorent alors qu’elle s’oppose à la guerre. Elle avait presque envie de porter une pancarte pour lever toute ambiguïté. "J’avais l’impression que tous les regards étaient braqués sur moi, que tout le monde se demandait : ’Que pense-t-elle ? De quel côté est-elle ?’" (...)

La malédiction d’un passeport russe

Avec le temps, son trouble s’installe durablement. Olga dit ne plus reconnaître le pays inscrit sur son passeport. Elle compte renoncer à sa nationalité russe dès que possible. Mais les démarches s’annoncent longues et complexes, et impliqueraient très probablement de se rendre en Russie – un pays où elle n’a pas remis les pieds depuis huit ans.

À cette contrainte administrative s’ajoute une récente découverte : ses deux fils possèdent d’office la nationalité russe depuis leur naissance. (...)