Pour lutter contre l’immigration irrégulière, l’Union européenne cherche depuis plusieurs années à empêcher les migrants d’atteindre ses frontières. Et pour cela, elle multiplie les accords avec plusieurs pays, notamment africains.
Il faut "combattre la migration irrégulière à la racine et mieux travailler avec des pays partenaires". Avec ces mots, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, confirmait la volonté européenne en vogue depuis plusieurs années : agir dans les pays où les migrants partent, ou passent, avant de rejoindre l’Union européenne.
(...) Une stratégie déjà appliquée en 2016 avec la Turquie : Ankara s’était engagé à l’époque à freiner le flux migratoire vers le Vieux continent en échange d’une importante somme d’argent.
À quelques semaines des élections européennes, InfoMigrants fait le point sur les accords conclus avec l’Afrique, souvent controversés et critiqués par de nombreuses ONG pour leurs conséquences néfastes sur les droits des migrants.
Libye (...)
"Chaque jour, on te torture : on te frappe avec des tuyaux ou on te met des décharges électriques sur le corps. Plusieurs personnes ont été battues à mort sous mes yeux", racontait Ibrahim, un migrant sénégalais en Libye, en 2020. "La nuit, des hommes venaient chercher des femmes et les forçaient à les suivre en pointant une arme sur leur visage. Elles étaient violées un peu plus loin. Toutes les femmes qui sont passées par la Libye ont été violées au moins une fois", témoignait également Christian, un Camerounais de 37 ans passé par la Libye. (...)
L’UE a consacré plus de 700 millions d’euros à la Libye entre 2014 et 2020. Des fonds qui ont servi à "couvrir les besoins des personnes qui se trouvent en Libye, à la fois les migrants mais aussi les communautés d’accueil qui sont affectées par cette situation", selon Peter Stano, porte-parole de la Commission européenne. (...)
Tunisie
Alternative à la violence libyenne, la Tunisie est devenue, ces dernières années, le point de départ privilégié des migrants souhaitant se rendre en Europe via la Méditerranée
L’accord, dont l’enveloppe prévoit plus de 100 millions d’euros, promet donc des fonds européens destinés aux écoles, à la relance de l’économie tunisienne en difficulté ou au développement des énergies renouvelables en échange d’un accroissement de la lutte contre l’immigration et une facilitation des retours volontaires. L’UE promet aussi, pour les autorités tunisiennes, huit bateaux ainsi que des drones.
Mais cet accord a été négocié alors que la Tunisie est traversée par une vague de xénophobie à l’encontre de la communauté subsaharienne. (...)
Égypte
Preuve de sa volonté de multiplier les "partenariats stratégiques" avec les pays africains, l’Union européenne a signé le 17 mars dernier un nouvel accord avec l’Égypte. D’un total de 7,4 milliards d’euros, 200 millions seront consacrés au volet migratoire. Il prévoit aussi la livraison d’au moins trois navires et de caméras thermiques. (...)
le partenariat UE-Égypte inquiète les défenseurs des droits qui dénonce la politique du président Abdel Fattah al-Sissi et le non-respect régulier des droits de l’Homme dans le pays.
Mauritanie
Les Vingt-Sept surveillent de près un autre point d’entrée en Europe : les îles Canaries. (...)
Nous savons que les autorités tunisiennes traitent très mal les réfugiés", a notamment déclaré Nicolas Schmit, actuel commissaire européen en charge de l’Emploi et des Droits sociaux à Euronews mardi 7 mai. Et d’ajouter : "Nous avons toujours des problèmes en Libye. Nous avons des questions pour l’Égypte. Je suis donc assez réticent à ce genre d’accords. Je pense que nous devons les revoir".