Les petits avions d’associations humanitaires ne pourront plus utiliser les aéroports de la Sicile, de Lampedusa, ou de Pantelleria, situées sur la route migratoire de la Méditerranée centrale. Le travail de repérage des pilotes est pourtant d’une aide précieuse pour les navires d’ONG à la recherche de canots de migrants en détresse.
Nouvelle entrave pour les ONG en Méditerranée. Lundi 6 mai, l’Autorité italienne de l’aviation civile (ENAC) a annoncé que les avions utilisés par des associations pour repérer les bateaux de migrants en difficulté ne pourraient plus décoller des aéroports de Sicile, Pantelleria et Lampedusa, des îles proches des routes empruntées par les exilés. "Cette ordonnance entre en vigueur avec effet immédiat", indique l’ENAC. (...)
L’ONG allemande Sea-Watch, qui possède deux avions, a qualifié cette décision "d’acte de lâcheté et de cynisme de la part de ceux qui criminalisent les ONG à des fins de propagande politique", a-t-elle déclaré sur X. "Nous ne cesserons pas nos opérations même si cela doit mettre en danger nos avions. Cette attaque qui bafoue le droit international ne nous empêchera pas de continuer à ennuyer ceux qui voudraient que ce qui se passe quotidiennement en Méditerranée reste un secret".
Ce 8 mai à 13h, l’ONG a fait décoller l’un de ses avions, le Seabird 2, depuis l’île de Lampedusa.
"Précieux soutien"
Ces petits avions sont très utiles aux navires de sauvetage présents en Méditerranée. Durant des heures, leurs pilotes sillonnent le ciel au-dessus de la mer, à la recherche de canots en détresse. Si une embarcation est repérée, sa position est communiquée aux bateaux humanitaires, ou aux garde-côtes italiens, qui déclenchent un sauvetage.
Les 4 et 5 mai, l’avion Colibri 2 de Pilotes Volontaires a repéré au total 12 embarcations sur la route tunisienne avec plus de 350 personnes à bord. "Toutes ont été sécurisées dans les plus brefs délais possibles par [les navires humanitaires] Maldusa et Nadir, puis secourues par les garde-côtes italiens", indique le compte X de l’ONG, pour qui "l’association des moyens maritimes et aériens reste une évidence". (...)
Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni tend à compliquer le travail des ONG qui opèrent en mer Méditerranée. (...)
Pour rappel, la route migratoire de la Méditerranée centrale est la plus meurtrière au monde. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 567 exilés sont morts ou ont disparu à cet endroit depuis le début de l’année 2024, en tentant de rejoindre les côtes européennes. Elles étaient près de 2 500 personnes l’an dernier, soit une augmentation de 75 % par rapport à 2022.