Selon la BBC, en trois ans, 43 exilés sont morts en mer Égée après avoir été refoulés par les autorités grecques. Neuf d’entre eux ont été directement jetés à l’eau par les garde-côtes, et se sont noyés. Confronté aux témoignages du média britannique, Athènes a réfuté ces accusations
En mars 2021, un exilé originaire de Somalie est arrêté par l’armée grecque à son arrivée sur l’île de Chios, qui le remet aux garde-côtes présents. Ces derniers lui attachent les mains derrière le dos, avant de le jeter dans la mer Égée. "Ils voulaient que je meure", raconte le jeune homme.
Au beau milieu d’une mer agitée, il réussit finalement à extirper ses poignets de la corde, et nage jusqu’à la côte turque. Mais trois de ses compagnons de route, qui ont subi le même sort, ne survivent pas.
Ce récit est issu des nombreux témoignages recueillis par la BBC dans son enquête, publiée lundi 17 juin. Selon des sources interrogées par le média britannique, ces trois dernières années, 43 personnes au total sont décédées après avoir été forcées de quitter les eaux territoriales grecques, ou ramenées à la mer après avoir atteint les îles grecques.
Des migrants assurent notamment avoir été transférés par les garde-côtes grecs sur des radeaux sans moteur, qui se sont ensuite dégonflés ou semblaient avoir été crevés.
Neuf exilés seraient par ailleurs décédés après avoir été jetés délibérément à l’eau par les autorités (...)
Aujourd’hui, les avocats du Camerounais ayant survécu demandent aux autorités grecques l’ouverture d’une procédure judiciaire pour double meurtre.
"Mes enfants sont morts le matin"
L’incident ayant fait le plus grand nombre de victimes est survenu en septembre 2022, lorsqu’un bateau transportant 85 migrants a eu une panne moteur près de Rhodes. Les passagers, qui avaient appelé à l’aide les autorités grecques, ont tous été transférés sur des radeaux de sauvetage puis repoussés dans les eaux turques. (...)
Au matin, sept ou huit enfants étaient morts". (...)
En novembre 2023, un rapport de Médecins sans frontières (MSF) affirmait que les refoulements illégaux de migrants en Grèce étaient "devenus la norme". (...)
Quelques jours plus tard, une nouvelle vidéo montrant des hommes masqués sur un bateau floqué d’un drapeau grec, agresser des migrants et les refouler en mer Égée, a été dévoilée par l’association Aegan boat report (ABR).
Sur les vidéos filmées par les passagers afghans depuis la petite embarcation et diffusées par l’ONG, on entend des femmes et des enfants hurler de peur lorsque les hommes masqués brandissent leurs bâtons. Selon le compte-rendu d’ABR, ils "ont ordonné à tout le monde de remettre leurs téléphones, leur argent et autres objets de valeurs". Les personnes qui ont refusé ont été frappées. (...)