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"Je préfère vivre à la rue que dans leur centre" : en Irlande, les demandeurs d’asile dénoncent les conditions de vie dans les structures d’accueil
#migrants #immigration #Irlande
Article mis en ligne le 10 juillet 2024
dernière modification le 9 juillet 2024

Depuis plusieurs mois, l’Irlande voit affluer de plus en plus de migrants venus de l’Angleterre voisine. Le pays, confronté à une grave crise du logement, peine à accueillir ces nouveaux demandeurs d’asile. Des centres provisoires, dont certains sont des tentes installées en extérieur, ont été ouverts à la hâte en périphérie de Dublin. De nombreux exilés refusent de s’y rendre, par manque d’électricité et de chauffage.

(...) C’est ici à Crooksling, à une vingtaine de kilomètres du centre de la capitale irlandaise, que résident environ 200 demandeurs d’asile, tous des hommes seuls. Impossible pour les journalistes de pénétrer à l’intérieur – même en faisant la demande auprès du gouvernement. Difficile aussi de discuter avec les exilés qui en sortent. (...)

"Ne leur parlez pas, vous avez interdiction d’échanger avec eux", lance d’un ton agressif le gardien à un jeune Afghan, avec qui nous essayons d’avoir une discussion. L’agent de sécurité, écharpe sur le nez pour cacher son visage, nous claque la porte au nez, sans nous adresser un mot. Les quelques demandeurs d’asile qui sortent quelques minutes plus tard osent à peine échanger un regard avec nous.

Promiscuité, froid et manque d’hygiène

Que se passe-t-il de l’autre côté de la porte ? Des informations communiquées par des demandeurs d’asile, rencontrés la veille dans un campement sauvage de Dublin et qui ont obtenu une place dans ce centre, permettent d’y voir plus clair. (...)

dans les habitations de fortune, les demandeurs d’asile n’ont ni électricité, ni chauffage. La journée, la température avoisine les 18 degrés à Dublin en plein mois de juillet et peut tomber en dessous de 10 degrés la nuit. S’il pleut, l’eau entre dans les tentes et inonde le sol. (...)

Le centre de Crooksling, qui concentre toutes les critiques sur les structures d’accueil à Dublin, a été monté à la hâte en début d’année pour y loger les demandeurs d’asile qui campaient au cœur de la capitale. Ces derniers mois, les arrivées de migrants ont explosé en Irlande et le pays, en pleine crise du logement, peine à les prendre en charge. Environ 2 200 demandeurs d’asile ne bénéficient pas d’un logement.

Selon le ministère de l’Enfance, de l’Égalité, du Handicap, de l’Intégration et de la Jeunesse, contacté par InfoMigrants, près de 400 exilés se présentent chaque semaine à l’Office de protection internationale pour demander l’asile et bénéficier d’un hébergement.
"L’endroit est invivable"

Plusieurs personnes passées par le centre de Crooksling refusent d’y retourner. "Nous n’arrivions pas à dormir là-bas. Si vous ne tombez pas malade à cause du froid, vous tomberez malade à cause du manque d’hygiène dans les sanitaires ou de la mauvaise qualité de la nourriture", assure Qadoura*, un Palestinien de Jordanie de 37 ans. L’homme a passé quatre jours dans la structure mais a préféré retourner dans la rue. (...)

"On est rien par rapport aux Ukrainiens"

À quelques kilomètres de Crooksling, d’autres demandeurs d’asile ont plus de chances. Le centre de City West, situé à Saggart, est un complexe hôtelier. Un espace fermé dans un bâtiment est réservé aux hommes exilés. Mais là aussi, les migrants se plaignent de la promiscuité. (...)

Accolé à la structure, un hôtel luxueux accueille une autre population : des ressortissants venus d’Ukraine. La différence de traitement entre les Ukrainiens et les "autres" saute aux yeux. Les premiers sont logés dans des chambres d’hôtels et n’ont pas à subir la surpopulation des centres d’accueil montés dans l’urgence. Une situation difficile à comprendre pour ces Palestiniens, qui eux aussi "fuient la guerre". "On est rien par rapport aux Ukrainiens, ça fait mal de voir ça", s’indigne Hazem. "Mais je n’ai pas le choix de supporter ce qu’il se passe, sinon je fais quoi ? Je saute d’un pont ?"

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"On nous considère comme des moins que rien" : témoignage d’une Sud-africaine exilée en Irlande

Emma (prénom modifié) a fui son ex-mari violent en Afrique du sud fin 2022 pour l’Irlande. Avec son nouveau conjoint et ses trois enfants (4, 11 et 13 ans), elle est hébergée dans un centre d’accueil à une trentaine de kilomètres de Dublin, en attendant la réponse à sa demande d’asile. La mère de famille de 33 ans dit souffrir de son quotidien dans la structure éloignée de tout. Témoignage. (...)