Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
"J’ai fui un mariage forcé et une menace d’excision" : témoignage d’une Ivoirienne à la rue en France
#immigration #femmes #migrantes #mariagesforces #excision #cotedivoire
Article mis en ligne le 27 mai 2024
dernière modification le 25 mai 2024

Marie* a quitté la Côte d’Ivoire à l’été 2022. Sa famille musulmane a voulu la contraindre à un mariage forcé et à une mutilation génitale - pour satisfaire son futur mari. Avec son petit-ami, chrétien, elle a donc décidé de venir en France. Marie et son ami ont traversé le Sahel, le Maroc, les Canaries, l’Espagne continentale. Arrivée à Paris à l’hiver 2023, l’Ivoirienne se dit aujourd’hui épuisée. Elle vit à la rue et explique "ne pas avoir la force" de se lancer dans une procédure d’asile.

"J’ai 28 ans aujourd’hui. Je viens d’une petite ville en Côte d’Ivoire [anonymisée pour préserver l’identité de Marie, ndlr]. Il y a deux ans, ma famille m’a annoncé qu’elle m’avait trouvé un mari. C’était un inconnu, un homme que je n’avais jamais vu. Il était musulman, comme moi. C’était terrible… J’avais déjà un petit ami, un chrétien. C’était évidemment impensable pour mes parents que je l’épouse.

Puis j’ai appris la même semaine qu’ils voulaient m’exciser. J’ai eu très peur.

J’ai même eu peur qu’ils me tuent si je persistais dans ma relation avec un non musulman. Alors, une nuit, avec mon compagnon, on a décidé de fuir. J’avais une amie qui vivait au Maroc, dans le sud du pays, elle m’a proposée de m’accueillir. Je ne peux pas tout vous dire, j’ai peur qu’ils me reconnaissent. Mais ce fut le début d’un long périple.

En Côte d’Ivoire, la loi interdit et punit depuis 1998 la pratique de l’excision. Mais dans les faits, les mutilations continuent, notamment dans le nord et l’ouest du pays. (...)

Nous avons traversé le Mali, l’Algérie, le Maroc. Le plus dur, ce fut la route du désert, c’était pas facile. Nous n’avions pas beaucoup d’eau, on avait faim et soif. On a mis une semaine à atteindre le Maroc et à se diriger vers la région de Laayoune. Je crois qu’on a payé environ 1 000 euros par personne pour arriver là-bas. (...)

Quand on a eu assez de sous, on a pris la mer. Ce fut dur aussi, mais nous sommes arrivés tous les quatre vivants aux Canaries. (...)

Très vite, on a été transférés [sur le continent européen] dans un village espagnol à côté de Séville. On voulait aller en France donc on a fini notre périple en bus. On a passé la frontière entre Irun et Hendaye en bus aussi, les policiers ne nous ont pas arrêtés. On a peut-être eu de la chance, je ne sais pas.

À Paris, "nous n’avons jamais dormi à l’abri"

Nous sommes arrivés tous les quatre à Paris, à Noël, le 25 décembre 2023. Depuis ce jour-là, nous n’avons jamais dormi à l’abri, même pour une nuit. Nous avons appelé le 115 des centaines de fois, mais il n’y a jamais eu de places pour nous. Cela fait donc cinq mois que nous dormons chaque soir à la rue. (...)

Aucun d’entre nous n’a déposé une demande d’asile encore. Nous ne savons pas du tout quelle est la procédure à suivre. Il faut envoyer notre histoire à la préfecture, c’est ça ? En fait, je suis très fatiguée, j’aimerais me reposer, avoir un endroit au chaud, reprendre des forces. Ensuite, je pourrai me concentrer sur l’asile". (...)