La Hongrie est accusée de pousser les migrants dans les bras des trafiquants à travers sa politique migratoire ultra-restrictive qui ignore les lois européennes et internationales.
En juillet prochain et pour six mois, la Hongrie va prendre la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE). Cela n’empêche le gouvernement de Victor Orban de continuer à ignorer les avertissements lancés par Bruxelles sur sa politique migratoire.
Le pays a rendu son système d’asile quasiment inaccessible, ferme les yeux sur les refoulements devenus la règle et érigé une vaste clôture à sa frontière pour empêcher les entrées dans le pays.
Ainsi, depuis l’été 2016, les autorités hongroises repoussent les migrants sans papiers vers la Serbie sans vérifier leur identité ni leur permettre de demander l’asile. Cette pratique perdure malgré l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne datant de décembre 2020 et qui l’a déclarée contraire au droit européen. (...)
Si Hongrie a fermé sa frontière méridionale avec la Serbie, elle a laissé celle avec l’Ukraine ouverte.
Pour les groupes de défense des droits de l’Homme, les réseaux de passeurs dans les Balkans profitent largement de l’ensemble de ces mesures restrictives et du discours anti-migrant virulent du pouvoir hongrois.
Des gangs criminels occupent les régions frontalières entre la Serbie et la Hongrie, exposant de plus en plus les migrants à l’exploitation et à la violence.
La montée en puissance des réseaux de passeurs (...)
Selon Rados Durovic, directeur exécutif du Centre de protection de l’asile (APC), la Hongrie et l’Autriche cherchent à détourner la pression migratoire vers la Serbie.
Il compare cette politique à celle de l’Italie. Rome a récemment conclu un accord d’externalisation du traitement des demandes d’asile avec l’Albanie. Le gouvernement italien est également en pourparlers avec la Tunisie pour mettre sur pied un accord similaire, "dans le but organiser une sorte de zone tampon pour protéger leurs propres frontières extérieures", dit Rados Durovic.
Il note que la Hongrie et l’Autriche tentent d’impliquer la Serbie en tant que partenaire pour "assumer le fardeau de la migration irrégulière et de la gestion de la migration".
En réalité, avec la clôture frontalière, les financements et les moyens humains engagés pour stopper la migration à la frontière serbo-hongroise, "nous ne produisons rien d’autre qu’une augmentation de la contrebande". (...)
Selon Milica Svabic, de KlikAktiv, la fusillade à la frontière entre la Hongrie et la Serbie en octobre dernier n’était pas la première. Depuis 2022, de tels incidents d’affrontements armés sont devenus courants. "Tous les deux ou trois mois, il y a une fusillade dans les campements informels", raconte-t-elle.
Dans cette guerre des territoires, les groupes criminels se disputent les clients et l’argent des migrants.
À la suite de ces violences, il est devenu évident que les refoulements du côté hongrois et la clôture frontalière "produisent en fait de la contrebande, au lieu de la combattre", observe Rados Durovic.
Selon une fiche publiée par le Conseil de l’Europe et dont le contenu est avancé par les autorités serbes, les passeurs sont des "groupes criminels armés composés de migrants eux-mêmes qui se livrent au trafic d’autres migrants".
Pour Rados Durovic, les passeurs en Serbie sont plutôt des citoyens locaux, ou des réseaux criminels qui existaient auparavant, qui opéraient dans la contrebande d’armes ou de drogues.
Or il est d’autant plus difficile de lutter contre le trafic lorsque les migrants, refoulés, se retrouvent dos au mur et sont prêts à payer le prix fort. (...)
D’après Rados Durivic, "des villages entiers ou de petites communautés autour des frontières sont impliqués dans la contrebande", en particulier les personnes qui peinent à boucler leurs fins de mois.
Certains opèrent comme chauffeurs, d’autres fournissent des hébergements, car "la contrebande permet aux gens de gagner beaucoup d’argent en peu de temps".
Dans le même temps règne une ambiance d’hostilité envers le migrants, perçus comme des criminels. Or, peu d’habitants associent cette situation à la politique migratoire, rendant toute forme de pression sur les autorités quasiment inexistante. (...)
Du côté serbe, les camps d’hébergement officiels sont désormais presque vides, alors que de nombreuses personnes continuent à entrer dans le pays. Il est possible que les passeurs aient relogé les personnes dans des logements privés, augmentant ainsi leur vulnérabilité. (...)
La Bulgarie et la Roumanie ont rejoint l’espace Schengen le 31 mars 2024, ce qui pourrait avoir un impact sur les routes migratoires et les refoulements.
InfoMigrants a contacté en Hongrie la Direction générale de la police des étrangers et le ministère hongrois de l’Intérieur pour une interview, mais les deux ont refusé de fournir tout commentaire. (...)