Avec sa grande roue, ses cafés et ses promenades, le lac Chitgar de Téhéran est depuis son ouverture en 2013 un lieu prisé des Iraniens. Mais il est aussi devenu un endroit où les jeunes hommes afghans aiment se retrouver. L’endroit cristallise aujourd’hui les tensions entre la population et les Afghans, qui ont massivement fui le retour des Taliban en 2021. Le ministère de l’Intérieur iranien évalue aujourd’hui le nombre d’Afghans en situation irrégulière entre 5 et 8 millions dans le pays.
Dans les 18 mois qui ont suivi le retour des Taliban, au pouvoir en Afghanistan, on estime qu’un million d’Afghans ont cherché refuge et travail en Iran, rejoignant ainsi les deux millions de réfugiés afghans qui se trouvaient déjà dans le pays.
Depuis le dernier recensement effectué par le gouvernement iranien en 2022, de jeunes hommes afghans continuaient à franchir la frontière en grand nombre. En 2024, le ministre de l’Intérieur iranien évalue désormais le nombre d’Afghans en situation irrégulière en Iran entre 5 et 8 millions, dans un pays dont la population totale s’élève à 89 millions d’habitants.
Le gouvernement iranien a introduit de nouvelles restrictions à l’encontre des Afghans et multiplie les expulsions. (...)
Les Afghans arrivés depuis 2021 ont ouvert leurs propres cafés, où l’on entend de la musique afghane, des restaurants servant des plats traditionnels. Ils ont aussi leurs propres lieux de rencontre où ils se réunissent par centaines – c’est le cas du lac Chitgar, très prisé à Téhéran, et du secteur autour de la tour Azadi, à l’ouest de la ville.
De nombreux Iraniens accueillent mal ces nouveaux arrivants. Une simple recherche sur les réseaux sociaux iraniens montre des dizaines de commentaires racistes à l’encontre des Afghans.
Des panneaux indiquant “Interdit aux Afghans” ont été vus à l’entrée de parcs et de piscines. Les communautés locales ont demandé aux propriétaires de ne pas louer à des Afghans et se plaignent de la présence d’enfants afghans dans les écoles iraniennes. En octobre 2023, des panneaux dans la ville de Yazd indiquaient qu’une assemblée de quartier avait pris une décision : "Aucun propriétaire n’est autorisé à louer à des étrangers". Dans un pays où les Afghans constituent de loin le principal groupe d’immigrés, le terme "étranger" est largement utilisé pour désigner les Afghans. (...)
En Iran, les Afghans sans papiers ne sont pas autorisés à travailler. Les études montrent que ceux qui trouvent un emploi occupent des emplois dits "3D" [sales, difficiles et dangereux, pour "dirty, difficult and dangerous" en anglais, NDLR].
Dans certains quartiers, en particulier dans les banlieues pauvres, les écoles sont surchargées d’élèves afghans et de nombreux emplois sont occupés par des migrants afghans illégaux. Le profond fossé culturel entre les Afghans et les Iraniens conduit souvent à des confrontations. (...)
Comme le rapporte notre Observateur, les autorités iraniennes intensifient les expulsions d’Afghans. Le département de l’immigration des Taliban affirme que l’Iran a, en 2023, déporté 50 % d’Afghans de plus qu’en 2022. De nombreux médias iraniens et afghans font état d’actes de torture, de violences et d’humiliations lors de ces déportations. (...)
Des déportations et un mur
Alors que, depuis des années, l’Iran donne accès aux services sociaux aux réfugiés afghans – la santé et l’éducation, notamment –, les politiques iraniens restreignent l’accès à certains services et appellent parfois à des déportations massives.
En avril, le ministère de l’Intérieur a annoncé qu’il retirait l’accès à certains "services sociaux" aux ressortissants étrangers vivant illégalement en Iran, une mesure considérée comme ciblant les Afghans. (...)
Bien qu’il n’existe pas de statistiques sur l’implication des migrants afghans dans des activités criminelles en Iran, la couverture médiatique croissante a entraîné une augmentation des attaques racistes, des appels à l’expulsion massive et des affrontements de rue entre Iraniens et Afghans.
Le 26 juin, une foule a attaqué un commerçant afghan dans le sud de Téhéran. Il était accusé d’avoir violé une fillette de 12 ans. La foule en colère a refusé de se disperser jusqu’à l’intervention de la police anti-émeute.
Les immigrés afghans sont de plus en plus stigmatisés, présentés comme des sympathisants des Talibans, des violeurs ou des trafiquants d’opium, des préjugés qui alimentent la xénophobie. (...)