Trois ans après l’incendie du camp de Moria qui a ravagé le centre et laissé plus de 12 000 migrants sans abri, comment les conditions de vie des exilés sur l’île grecque de Lesbos ont-elles évolué ? Le centre de Mavrovouni, qui a remplacé à la hâte celui de Moria, est-il davantage adapté à l’accueil des migrants ? Entretien avec Nihal Osman, coordinatrice de terrain pour Médecins sans frontières à Lesbos, et Marion Bouchetel, avocate au Legal center Lesbos.
Le 9 septembre 2020, le camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, était ravagé par les flammes. Le site, qui hébergeait plus de 12 000 personnes, a été complétement détruit dans l’incendie. Pour reloger les occupants, les autorités ont alors construit à la hâte le centre de Mavrovouni, en attendant l’ouverture d’une structure fermée - sur le même modèle que le centre de Samos notamment.
Mais trois ans après, ce nouveau centre n’existe toujours pas et des milliers de migrants vivent encore à Mavrovouni. (...)
Il faut rappeler que les exilés sont bloqués dans cette structure pour des périodes très longues. Peu importe les infrastructures dans le camp, le fait est que les gens sont broyés dans un système qui ne respecte par leurs droits et qui les rejette. (...)
Les gens se plaignent des restrictions de mouvements. Le camp de Moria était insalubre mais au moins les exilés étaient libres de bouger. À Mavrovouni, les entrées et les sorties sont contrôlées en permanence. (...)
MSF récupère les exilés à leur arrivée à Lesbos, on fait donc un premier examen à ce moment-là. On voit clairement une détérioration de leur état physique avec le temps. Il peut se passer sept semaines sans que les personnes, pourtant signalées comme malades, ne voient un médecin via notre clinique.
Nos patients se retrouvent donc dans des situations très critiques. Certains développent par exemple des hépatites, et les cas de gale se multiplient. (...)
En ce qui concerne l’état mental des exilés, c’est tout aussi catastrophique. Les tentatives de suicide ont considérablement augmenté dans le camp. On voit un plus grand nombre de personnes en état de détresse, qui nous disent vouloir mourir.
Les exilés sont déjà fragiles en raison de leur passé et de leur parcours migratoire. Mais l’élément qui a le plus d’impact sur leur santé mentale est le processus lié à la demande d’asile. (...)
Ce qui a changé depuis Moria, c’est la procédure pour déposer l’asile. Le traitement de leur dossier va tellement vite que les exilés n’ont pas accès à un avocat ou à leurs droits fondamentaux.
Il n’y a plus aucun respect du droit d’asile. La majorité des demandeurs n’ont pas d’entretien sur les persécutions dans leur pays d’origine mais sur leur séjour en Turquie, pays par lequel ils sont arrivés. Les Afghans, les Somaliens, les Syriens, les Bangladais et les Pakistanais ne sont soumis qu’à un entretien d’admissibilité. (...)
Résultat : beaucoup de demandeurs d’asile sont déboutés. En clair, on part du principe que leur demande d’asile est irrecevable en Grèce car la Turquie est considérée comme un pays sûr. Ils se retrouvent ainsi sans-papiers. Ils sont coincés dans les camps, et doivent attendre un an pour refaire une nouvelle demande.
NO : Les personnes déboutées n’ont plus de numéro de sécurité sociale et se retrouve sans accès aux services de santé. Leurs enfants ne sont pas vaccinés, donc c’est MSF qui s’en occupe. (...)