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Infomigrants/KNA
Carte bleue pour les migrants en Allemagne : "Les gens vous regardent bizarrement quand vous réglez avec"
#migrants #immigration #Allemagne
Article mis en ligne le 20 juillet 2024
dernière modification le 21 juillet 2024

A la place de l’argent liquide, une nouvelle carte de paiement doit permettre de mieux maîtriser les allocations versées aux demandeurs d’asile. A Hambourg, et dans une petite ville de Thuringe, les premiers bénéficiaires témoignent toutefois de nombreuses difficultés dans la vie quotidienne.

"Puis-je payer avec la SocialCard ?", demande Munir Safi, 31 ans, dans magasin de téléphonie mobile dans le sud de Hambourg, en montrant une carte de paiement bleu-vert.

"Uniquement en liquide", répond l’employé au jeune demandeur d’asile syrien de 31 ans, en précisant qu’un distributeur automatique de billets se trouve dans le centre commercial voisin.

Munir Safi, 31 ans, est arrivé en Allemagne au début de l’année. Il explique à l’agence de presse KNA que la carte fonctionne bien dans les chaînes de supermarchés et les pharmacies, ou encore dans les grands restaurants. "Mais ce ne sont pas les magasins où je fais principalement mes achats en tant que réfugié".

En février, Hambourg a été le premier des 16 Länder (l’Allemagne fédérale est composée de 16 Etats appelés Länder) à introduire la nouvelle carte de paiement pour les demandeurs d’asile. La "SocialCard", comme on l’appelle dans la ville, est une carte bleue, sauf qu’elle n’est pas liée à un compte bancaire.

Hambourg est dans la deuxième plus grande ville d’Allemagne. Pour le moment, près de 1 600 cartes ont été délivrées aux nouveaux arrivants dans les centres d’accueil de migrants. (...)

Les cartes de paiement ("Bezahlkarte" en allemand) ressemblent à des cartes bleues sur lesquelles la plupart (mais pas toutes) des prestations sociales sont versées une fois par mois.

Les demandeurs d’asile n’ont pas de statut de résident en Allemagne et n’ont pas la possibilité d’ouvrir leur propre compte bancaire, ni travailler légalement pendant au moins les premiers mois de leur séjour dans le pays.

Jusqu’à présent, les autorités versent entre 400 et 500 euros d’allocations par mois aux demandeurs d’asile, soit en espèces, soit sous forme de bons.

Les demandeurs d’asile peuvent utiliser la carte de paiement dans tous les magasins qui prennent les cartes de crédit classiques. Or, en Allemagne, de nombreux petits commerces ne prennent que du liquide.

L’utilisation de la carte peut aussi être limitée géographiquement à certains codes postaux. De plus, elles ne permettent pas d’effectuer des achats en ligne.

Fin juin, les dirigeants des 16 Länder allemands se sont mis d’accord pour limiter à 50 euros par mois les paiements en espèces aux demandeurs d’asile, bien que trois Länder jugent se montant problématique.

Des cartes de paiement dotées de paramètres similaires doivent être introduites dans tous les États fédéraux cette année. (...)

Atef Okari de l’association ABLI et Abdulkader Haj Ahmad de l’organisation Violass rappellent que l’impossibilité de transférer de l’argent avec la carte rend très difficile le paiement de certains frais, comme lors de l’achat d’un ticket de transport en ligne ou d’une facture de dentiste.

"En devant payer ce genre de choses en liquide, vous pouvez vous retrouver en difficulté puisque vous avez également besoin d’espèces pour des achats comme les cigarettes", expliquent-ils à InfoMigrants. (...)

Atef Okari et Abdulkader Haj Ahmad dénoncent eux aussi un système discriminatoire et pensent que les contraintes de la carte de paiement finiront par être contournées. Un bénéficiaire peut en effet proposer à un tiers de payer ses courses avec sa Bezahlkarte en échange d’argent liquide, explique Atef Okari.

Les deux militants concèdent néanmoins qu’il est pour l’heure difficile d’évaluer toute la portée de la carte, laquelle n’a été délivrée qu’à une centaines de personnes à Altenburg.
Frein à l’intégration

Les cartes de paiement sont pensées pour empêcher les transferts d’argent à l’étranger et décourager le paiement des trafiquants, tout en rationalisant la distribution des prestations et réduisant la charge administrative qui pèse sur les autorités locales.

Au-delà des défenseurs des migrants, le syndicat de la police allemand craint le développement de filières illégales, car nombre de demandeurs d’asile n’ont d’autres choix que de renvoyer de l’argent à leur famille dans leur pays d’origine ou ont contracté des dettes auprès de passeurs.

Enfin, Herbert Brücker, chercheur à l’Institut de recherche sur l’emploi, prédit des coûts indirects. "La carte de paiement restreint la mobilité et donc l’intégration. La recherche d’un emploi sera plus compliquée, les demandeurs d’asile n’auront plus accès à certains biens et services".