En Afrique du Sud, le ministre par intérim de la Police a confirmé, mardi 17 février au Parlement, le déploiement d’ici dix jours de l’armée pour lutter contre la criminalité, en particulier la violence des gangs. Une mesure évoquée le 12 février par le président Cyril Ramaphosa dans son adresse à la nation, mais qui suscite beaucoup d’interrogations au sein de la classe politique, et chez les spécialistes de la défense. Depuis plusieurs années, l’armée est de plus en plus utilisée pour palier aux lacunes de la police.
(...) Avec ce déploiement de l’armée, le gouvernement dit vouloir soutenir la police dépassée par la violence des gangs et l’exploitation minière illégale. Le taux de mortalité en Afrique du Sud est parmi les plus élevés du monde : il est d’environ 60 morts par jour, dont certains liés aux affrontements entre gangs pour le contrôle de points de vente de drogue, notamment au Cap, ou à des fusillades liées à l’activité minière illégale dans la province de Gauteng. (...)
En 2019, l’armée avait déjà été sollicitée face aux gangs du Cap... sans succès durable (...)
Pour de nombreux observateurs, cette décision est un aveu d’échec de la police. L’armée est de plus en plus souvent sollicitée pour soutenir la police. Une évolution qui inquiète Ricardo Teixeira, spécialiste des questions de sécurité : « Cela ne relève absolument pas du mandat des forces armées, et elles ne sont pas formées pour interagir avec les civils. Il s’agit simplement d’une charge financière supplémentaire pour l’armée, qu’elle ne peut pas assumer et qui est prélevée sur un budget déjà insuffisant. »
Le chercheur John Stupart émet aussi des doutes, les forces armées sud-africaines étant elles-mêmes débordées, sous-financées et pas formées à la lutte contre la criminalité (...)