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Mediapart
Violences sexuelles : de nouvelles accusations visent le ministre Damien Abad
Article mis en ligne le 15 juin 2022

Mediapart a recueilli de nouveaux témoignages mettant en cause le comportement avec les femmes du ministre des solidarités, Damien Abad, dont celui d’une élue centriste qui dénonce une tentative de viol en 2010. Le ministre n’a pas répondu à nos questions.

« Aujourd’hui je ne peux plus me taire. Si je parle, c’est pour que ça s’arrête, qu’il ne puisse pas recommencer. » Élue centriste, Laëtitia* concède que sa « culture n’est pas d’aller [s’]exprimer dans la presse » s’agissant des affaires de violences sexuelles. D’autant que cela fait « plus de dix ans » qu’elle tente « d’oublier tout ça ». Mais les témoignages dans Mediapart de deux femmes accusant le nouveau ministre des solidarités, Damien Abad, de viol en 2010 et 2011, quelques mois après la tentative de viol qu’elle dit elle-même avoir subie, l’ont emplie de « culpabilité ».

Alors elle a décidé de témoigner publiquement et a pris les conseils d’une avocate. « Les faits dont je suis saisie sont très graves, indique à Mediapart son conseil, Me Raphaële Bialkiewicz. À ce stade, nous analysons le dossier et procédons à la récolte et aux recoupements d’éléments, en vue d’y apporter toutes les suites utiles. Nous avons notamment fait effectuer un constat d’huissier concernant certains éléments. »

Elles sont désormais trois à accuser l’ancien président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale de viol ou de tentative de viol (...)

Après la publication de notre article, Damien Abad a dénoncé, dans une déclaration transmise à l’AFP « le calendrier soigneusement choisi de ces publications » et « la partialité » de l’enquête de Mediapart, qui aurait, selon lui, une motivation « politique ». « Quant aux allégations rapportées, elles me révoltent et je les réfute catégoriquement », a ajouté le ministre. « Ça ne me déstabilisera pas, je continue à faire campagne », a-t-il indiqué par téléphone à France 3 Rhône-Alpes.

Le 22 mai, au lendemain des révélations de Mediapart, la première ministre, Élisabeth Borne, avait tenu un discours ferme : « Je peux vous assurer que s’il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, nous tirerons toutes les conséquences de cette décision. » « Sur tous ces sujets de harcèlement et d’agression sexuelle, il ne peut y avoir aucune impunité », avait-elle insisté.

Questionné mardi soir, après la publication de cet article, Matignon a répondu à Mediapart : « La première ministre ne peut pas se prononcer sur les témoignages anonymes que vous rapportez mais elle invite ces femmes à porter plainte pour que la justice puisse faire son travail. Elle le fait en tant que première ministre mais aussi en tant que femme. La justice est là pour recueillir leur parole, la police, les magistrats sont aujourd’hui totalement à l’écoute et c’est eux qui pourront permettre à la vérité d’être établie. »

Ces dernières semaines, la révélation de l’affaire, le départ de Damien Abad de LR et de son poste de président de groupe à l’Assemblée nationale ont commencé à délier les langues.

Après Margaux et Chloé, Mediapart a pu reconstituer les récits de trois autres femmes. Les faits qu’elles dénoncent sont de gravité différente, mais toutes décrivent au minimum un député qu’elles jugent « problématique ». (...)

Nous avons aussi recueilli de nombreux témoignages au sein des partis du centre et de la droite, où Damien Abad a milité successivement depuis 2007. Ils dépeignent un élu se sentant « tout-puissant », qui aurait eu des gestes et propos « déplacés » dans le cadre professionnel, notamment à l’égard de femmes de son parti au statut inférieur. Des messages montrent par ailleurs que le ministre a contacté, fin mai, après sa nomination au gouvernement, l’une des femmes qui dénoncent ses agissements, pour lui demander si elle avait parlé à notre journal. (...)

Depuis le début de l’affaire, le ministre des solidarités dément fermement les accusations le visant. (...)

Au Parlement européen, où Damien Abad a siégé entre 2009 et 2012, son comportement avec des collaboratrices ou militantes a étonné ou choqué certains. « Je ne pouvais pas rester silencieux », réagit Bertrand*, un ancien assistant du groupe à Strasbourg, qui, après avoir hésité, nous a contactés, ulcéré, dit-il, par la défense du ministre. « Se défendre avec son handicap, moi, ça, ça ne passe pas ! Damien Abad dit des choses, moi j’ai été témoin du contraire, j’ai assisté à son comportement qui était plus que limite à l’égard des collaboratrices. » (...)

Selon Bertrand, le comportement de Damien Abad avec des collaboratrices serait devenu, au fil des mois, « vraiment gênant » et aurait alimenté les discussions internes. « Les assistant·es en parlaient souvent, tout le monde au sein du parti était au courant », prétend-il. L’ancien attaché parlementaire assure d’ailleurs que ce comportement aurait fait l’objet d’un « rappel à l’ordre » implicite en réunion de groupe (...)

À l’Assemblée nationale, où Damien Abad a été élu député en 2012, puis président du groupe LR en 2019, Chloé Perrot, ex-collaboratrice parlementaire de Franck Riester, raconte qu’on l’aurait mise en garde au sein du groupe LR : « J’ai déjeuné avec Damien Abad, d’autres députés et collaborateurs parlementaires. On m’a dit : “Fais attention, il va t’ajouter sur Facebook et t’envoyer des messages déplacés.” Il était réputé pour être très lourd, c’était de notoriété publique », affirme la jeune femme, qui a travaillé au Palais-Bourbon entre 2013 et 2018. (...)

Le député et secrétaire général de LR, Aurélien Pradié, a affirmé à Mediapart avoir confronté Damien Abad sur son comportement lors de ce dîner, en novembre 2020. « Il n’était pas du tout surpris, il s’est agacé en me disant qu’il en avait marre d’entendre parler de cela, donc je n’étais pas le premier à le faire. Il m’a dit que ce n’était pas vrai, et qu’il s’était excusé. Je lui ai dit : “Est-ce que ce n’est pas vrai ou est-ce que tu t’es excusé, parce que c’est pas la même chose ?” Et la discussion s’est arrêtée là. » (...)