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La montée du masculinisme : une contre-offensive politique réactionnaire
#masculinisme
Article mis en ligne le 5 février 2026
dernière modification le 31 janvier 2026

Le masculinisme n’est pas une simple dérive des réseaux sociaux. C’est une idéologie politique réactionnaire qui s’appuie sur l’inversion victimaire pour contester les luttes féministes, banaliser les violences et légitimer des reculs en matière d’égalité. À l’approche des municipales, refuser de le nommer est un choix politique.

Le masculinisme repose sur un postulat central : l’idée que les hommes seraient aujourd’hui victimes d’un système qui favoriserait les femmes. Cette inversion victimaire n’est pas anodine. Elle permet de disqualifier les luttes féministes, de nier les rapports de domination existants et de re-légitimer une hiérarchie entre les sexes sous couvert de « rééquilibrage ». Derrière un vocabulaire emprunté à la psychologie ou à la souffrance sociale, le projet est clair : restaurer un ordre patriarcal présenté comme naturel.

Cette idéologie prospère dans un contexte précis. La crise sociale, la précarisation des parcours, l’effritement des modèles traditionnels de réussite masculine produisent des angoisses réelles. Mais le masculinisme ne propose aucune émancipation collective. Il détourne ces angoisses vers un ennemi commode : les femmes, le féminisme, et plus largement toute remise en cause de l’ordre établi. Là où une analyse politique devrait interroger les rapports de classe, les politiques publiques et les responsabilités structurelles, le masculinisme désigne des coupables et absout le système.

La force du masculinisme tient aussi à sa capacité à se rendre fréquentable. (...)

En installant une fausse symétrie entre féminisme et masculinisme, il transforme une lutte pour l’égalité en un conflit d’opinions équivalentes. Or il n’y a pas de symétrie possible : le féminisme combat un système de domination ; le masculinisme cherche à le préserver.

Il serait pourtant erroné de réduire le masculinisme à une bataille de mots. Les discours qu’il promeut produisent des effets politiques concrets. Ils nourrissent le harcèlement, la haine en ligne, la délégitimation de la parole des femmes, et créent un climat où les violences sexistes et sexuelles sont minimisées, excusées, voire justifiées. (...)

La responsabilité collective est engagée. La complaisance médiatique, le traitement sensationnaliste, l’absence de contradiction politique sérieuse contribuent à installer ces discours dans le débat public. (...)

Le masculinisme n’est pas un sujet secondaire : il interroge la capacité des équipes municipales à défendre concrètement l’égalité, à protéger les habitantes et à refuser la banalisation des idéologies de domination. Les listes qui prétendent gouverner ne peuvent plus éluder cette question.

Un engagement clair est désormais nécessaire. (...)

Les élections municipales ne sont pas seulement un scrutin de proximité : elles dessinent le cadre politique du quotidien. Elles diront si l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe réellement défendu ou un slogan opportun. Face à la montée du masculinisme, l’heure n’est plus aux postures. Elle est au choix politique clair, assumé et féministe.