« Une menace pour l’égalité et la justice sociale ». Dans son rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France publié ce mercredi 21 janvier, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), un organisme consultatif dépendant du gouvernement, s’alarme de la hausse de l’adhésion aux idées masculinistes en France.
Un volet important du rapport est dédié à ce que le HCE qualifie d’« expression virulente du sexisme ». Le masculinisme englobe une multitude de courants différents – « incels », ou célibataires involontaires ; « men’s rights activists », etc. – mais qui partagent une idéologie commune : la haine des femmes. Ce mouvement, en pleine expansion en France et dans le reste du monde, s’est développé en réaction aux avancées des droits des femmes. Les masculinistes proposent une lecture inversée de la réalité : les discours masculinistes prétendent que les hommes sont les véritables victimes du système, et non les femmes.
Du sexisme au masculinisme
(...)
Un « basculement » via les réseaux sociaux
Le masculinisme se propage particulièrement à travers les plateformes numériques, parmi lesquelles TikTok, Instagram ou YouTube, très prisées des jeunes. Le HCE constate dans son rapport que les idées sexistes en général sont davantage présentes chez les personnes utilisant les réseaux sociaux que chez celles ne les utilisant pas. « Il y a un business de la haine, pointe Bérangère Couillard, les plateformes n’ont aucun intérêt à modérer leurs contenus. Aujourd’hui, il y a des millions de vidéos qui sont envoyées à des personnes ciblées, en fonction du profil de l’utilisateur ». La présidente du HCE critique les algorithmes des réseaux sociaux, qui font que les jeunes reçoivent « plus facilement des vidéos qui font la part belle aux thèses masculinistes ». « À partir du moment où il en reçoit une, il va en recevoir énormément. Et alors qu’il n’adhérait pas forcément à ces idées au départ, il peut basculer, devenir un masculiniste », déplore-t-elle.
Selon une étude Ipsos publiée en 2022, en France, 84 % des victimes de cyberviolence sont des femmes, et les personnes impliquées dans la perpétration de ces violences en ligne sont à 74 % des hommes. (...)
Série de recommandations
Le HCE plaide pour la prise en compte de la menace masculiniste comme un « enjeu de sécurité publique ». Il formule une série de recommandations, parmi lesquelles le renforcement des contrôles des réseaux sociaux, et des moyens supplémentaires alloués aux organismes comme Pharos, la plateforme de signalement des contenus illicites sur Internet, et l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Bérangère Couillard demande aussi que les réseaux sociaux soient contraints à faire preuve de transparence sur leurs algorithmes. (...)
Une autre revendication du HCE, portée aussi par les associations féministes, concerne la bonne application du programme EVARS, qui prévoit des cours obligatoires d’éducation à la vie affective et sexuelle. Ces séances sont encore trop peu dispensées à l’école, alors qu’elles permettent de promouvoir l’égalité entre hommes et femmes et de sensibiliser très tôt aux violences faites aux femmes.