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Interdiction de la contraception par les talibans : des femmes « brisées » par des grossesses mortelles et des fausses couches non traitées
#Taliban #femmes
Article mis en ligne le 9 février 2026
dernière modification le 6 février 2026

Parwana* ne reconnaît plus ses propres enfants. Autrefois connue dans son village de Kandahar pour sa beauté, cette femme de 36 ans est désormais assise sur le sol de la maison de sa mère, se balançant silencieusement. Après neuf grossesses et six fausses couches, souvent sous la pression de son mari et de sa belle-famille, Parwana est tombée dans un état de confusion permanente.

« Elle est perdue », explique sa mère Sharifa. « Ils l’ont brisée par la peur, les grossesses et la violence. »

En Afghanistan aujourd’hui, son histoire n’est pas une exception. Partout dans le pays, les femmes racontent le même destin tragique : des grossesses qu’elles ne peuvent empêcher, des fausses couches qu’elles ne peuvent soigner et une violence à laquelle elles ne peuvent échapper. Depuis que l’interdiction informelle de la contraception par les talibans a commencé à se répandre discrètement dans les cliniques au début de l’année 2023, les contraceptifs ont disparu, les cliniques ont fermé et la faim s’est aggravée. Des entretiens menés dans sept provinces révèlent un système de santé reproductive en chute libre, où les grossesses forcées, les complications non traitées et la pauvreté implacable définissent désormais la vie quotidienne. L’histoire de Parwana n’est qu’un aspect d’une crise nationale. (...)

répression silencieuse menée par les talibans contre le planning familial. L’interdiction n’a jamais été officiellement annoncée, mais elle a été rapportée par les médias en février 2023. Lentement, province après province, les talibans mettent en œuvre cette politique. Début 2023, les médecin·es et les sages-femmes de plusieurs provinces ont signalé le même schéma : les fournitures arrivaient en retard, puis en quantités plus faibles, puis plus du tout. Cependant, ce n’est pas le cas dans toutes les provinces. À Balkh et Takhar, dans certains districts, la contraception est toujours disponible.

Dans la région rurale de Jawzjan, une médecin qui dirige une clinique depuis trois décennies affirme que la disparition a été rapide. (...)

À Badghis, des combattants talibans se sont présentés dans une clinique privée et ont ordonné au personnel de détruire tous les contraceptifs. « « Si nous vous voyons donner cela à des femmes, nous fermerons votre clinique », ont-ils dit », se souvient la/le médecin. « Nous avons immédiatement cessé. » (...)

L’interdiction des contraceptifs s’applique dans un système de santé déjà au bord du gouffre. Selon les Nations Unies et l’Organisation mondiale de la santé, plus de 440 hôpitaux et cliniques ont fermé leurs portes ou réduit leurs services depuis la réduction des financements internationaux en 2025.

Pour les femmes des provinces rurales, cela signifie des heures de marche ou un accouchement à domicile, souvent seules.

À Ghor, où les villages sont isolés par des montagnes et des routes boueuses, les sages-femmes affirment que les femmes saignent pendant des jours avant d’atteindre une clinique. Certaines meurent en chemin.

La crise reproductive est désormais indissociable de l’effondrement économique. La malnutrition affecte désormais toutes les grossesses. Une médecin de Jawzjan estime que 80% des femmes enceintes et allaitantes qu’elle examine souffrent de malnutrition.

« Elles souffrent d’anémie, de carences en vitamines, d’hypotension. Leur corps est trop faible pour mener une grossesse à terme en toute sécurité. »

Hamida*, sage-femme dans une maternité bondée de Kandahar, affirme que la violence est l’une des principales causes de fausses couches qu’elle constate.

« Toutes les 24 heures, nous assistons à plus de 100 accouchements — normaux, prématurés, par césarienne et fausses couches », explique-t-elle. « Environ six fausses couches se produisent chaque jour. Beaucoup sont dues à des coups. Beaucoup sont causées par les lourdes charges portées par les femmes. » (...)

Dans des foyers déjà marqués par la pauvreté et la violence, la perte des moyens de contraception a fermé toutes les issues aux femmes. Elles ne peuvent pas choisir quand avoir des enfants. Elles ne peuvent pas se reposer après l’accouchement. Elles ne peuvent pas fuir les mauvais traitements. Elles ne peuvent pas assurer la sécurité de leurs filles. Et avec la fermeture des cliniques, elles ne peuvent même plus demander de l’aide.