
Après plus d’un an de détention provisoire et 95 jours de grève de la faim, le verdict est tombé comme un couperet pour l’éditorialiste d’Akhbar Al Youm, qui nie en bloc les accusations d’agression sexuelle dont il est l’objet.
Le journaliste marocain Souleimane Raissouni, 49 ans, l’une des plumes les plus critiques du royaume, a été condamné vendredi 9 juillet à cinq ans de prison pour « agression sexuelle », au terme d’un procès expéditif, sans sa présence, ni celle de ses avocats. En grève de la faim depuis 95 jours pour dénoncer « la grande injustice » de sa longue détention préventive, l’ancien rédacteur en chef d’Akhbar Al Youm, un journal indépendant qui a cessé de paraître en mars, asphyxié par le régime, n’aura guère assisté à son procès ; il n’aura pas pu livrer sa version des faits. (...)
Alors que sa santé est très dégradée, le journaliste s’est confronté au déni de la justice marocaine, qui dénonce « une pseudo-grève de la faim » et laisse entendre qu’il continue à s’alimenter clandestinement en absorbant du miel et des dattes. Si les juges ont mené le procès au pas de charge, c’est pourtant, semble-t-il, par crainte que cette grève de la faim ne lui soit fatale pendant sa détention préventive. Il fallait un verdict de culpabilité au plus vite, pour laisser à l’administration pénitentiaire seule la gestion d’un tel scénario.
« Depuis le premier jour de ma détention, j’attends avec impatience le jour où je pourrai m’exprimer dans un procès indépendant et équitable pour dénoncer le crime commis contre moi. Je suis prêt, impatient même, d’être jugé, mais en état de liberté », avait confié le journaliste dans une lettre dictée le 17 juin à ses avocats.
Dans une mise en scène étudiée, les audiences se déroulaient en même temps que celles qui scandent le procès d’un autre journaliste, tout aussi critique vis-à-vis du régime : Omar Radi, poursuivi, lui, pour « espionnage » et « atteinte la sûreté de l’État », après la révélation de son placement sous surveillance par les autorités marocaines via un logiciel espion israélien, Pegasus, de la firme NSO. (...)
Alors que sa santé est très dégradée, le journaliste s’est confronté au déni de la justice marocaine, qui dénonce « une pseudo-grève de la faim » et laisse entendre qu’il continue à s’alimenter clandestinement en absorbant du miel et des dattes. Si les juges ont mené le procès au pas de charge, c’est pourtant, semble-t-il, par crainte que cette grève de la faim ne lui soit fatale pendant sa détention préventive. Il fallait un verdict de culpabilité au plus vite, pour laisser à l’administration pénitentiaire seule la gestion d’un tel scénario.
« Depuis le premier jour de ma détention, j’attends avec impatience le jour où je pourrai m’exprimer dans un procès indépendant et équitable pour dénoncer le crime commis contre moi. Je suis prêt, impatient même, d’être jugé, mais en état de liberté », avait confié le journaliste dans une lettre dictée le 17 juin à ses avocats.
Dans une mise en scène étudiée, les audiences se déroulaient en même temps que celles qui scandent le procès d’un autre journaliste, tout aussi critique vis-à-vis du régime : Omar Radi, poursuivi, lui, pour « espionnage » et « atteinte la sûreté de l’État », après la révélation de son placement sous surveillance par les autorités marocaines via un logiciel espion israélien, Pegasus, de la firme NSO. (...)
Lors du procès, l’audition du jeune plaignant est intervenue tard, cette semaine, en l’absence de la défense. Il a répété avoir subi une tentative de viol par Souleimane Raissouni le 15 septembre 2018. Or, trois jours plus tard, le 21 septembre 2018, selon des échanges WhatsApp qu’il a eus avec l’épouse du journaliste, il implorait celle-ci de l’aider à fuir le Maroc pour se soustraire à l’oppression de son père et à la persécution de ses oncles, qu’il présentait comme des extrémistes religieux.
Il y a quelques semaines, dans une vidéo postée sur YouTube, un réfugié marocain gay établi en Espagne, assurant bien connaître « Adam », affirmait lui aussi que le jeune homme souhaitait depuis longtemps quitter le Maroc en raison de la répression et de l’opprobre social qu’y endurent les homosexuels. Il aurait même tenté, à l’appui de ses projets de demande d’asile, de se convertir au christianisme, sans être cru. Après sa rencontre avec Kholoud Mokhtari, celle-ci l’a aidé dans ses démarches en vue de s’exiler. Ce réfugié affirme que les services marocains auraient instrumentalisé « Adam » pour en finir avec Souleiman Raissouni, selon les mêmes procédés utilisés contre Omar Radi, Taoufik, Bouachrine et d’autres « critiques honorables du pouvoir ».
Cette « stratégie sexuelle » pour démolir les opposants, des journalistes, et réduire au silence les voix critiques, avait déjà fait tomber une figure d’Akhbar Al Youm, son directeur, Taoufik Bouachrine, condamné un an plus tôt à 12 ans de prison, au terme d’un procès jugé « inéquitable » par le groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire, pour « abus de pouvoir à des fins sexuelles », « viol et tentative de viol ». Peine alourdie en appel à 15 ans de prison ferme. (...)