Qu’est-ce qu’un plébéien, sinon celui dont des gestes déterminés prononcent un non décidé et définitif à sa position de subalternité ?
À l’encontre de la diffusion permanente de l’idée selon laquelle le consensus est l’idéal de la vie démocratique et le résultat du progrès de l’humanité, le philosophe Alain Brossat, à l’instar de quelques autres philosophes contemporains, dont Jacques Rancière, par ailleurs cité dans l’ouvrage, se fait le chantre des figures du dissensus.
Mais afin de déployer les multiples dimensions de ce concept de dissensus, il le conçoit en forme de figure, puisée dans les œuvres culturelles - littérature et art cinématographique. En première approche, disons que cette figure se tiendrait entre le Figaro de Beaumarchais, le Jacques de Denis Diderot et le Julien Sorel de Stendhal. En revisitant alors des romans ou des œuvres cinématographiques – conçues comme autant de diagnostics de la dynamique plébéienne -, il élabore un topos du plébéien dont les caractéristiques sont les suivantes : relève du plébéien le geste qui déboussole celui qui statue sur un état d’infériorité et de subalternité ; le geste qui déstabilise les discours et les comportements assignant d’autorité une place aux autres.
Voici pour les dimensions négatives. Mais relève aussi du plébéien l’effort positif pour se donner son propre destin, et ne plus se voir assigner sa place. (...)