L’émotion planétaire soulevée il y a trois semaines par la mort de Nelson Mandela, l’hommage unanime qui lui a été rendu et l’inquiétude que suscite sa disparition pour la stabilité future de l’Afrique du Sud, rien de tout cela n’était imaginable lorsqu’il était encore le plus ancien prisonnier politique du monde, c’est-à-dire avant 1990.
Parmi tous ceux qui célèbrent sa mémoire aujourd’hui, certains ont tout fait pour le disqualifier, en traitant l’ANC d’organisation terroriste, n’hésitant pas à présenter le régime de l’apartheid comme un allié nécessaire dans la lutte contre l’expansion du communisme dans cette région du monde. Ils portent une lourde responsabilité dans la prolongation inutile d’un système condamné.
La France, pour sa part, a décidé, au début de l’été 1985, de rompre avec le consensus mou des pays occidentaux, d’en finir avec les ambigüités de sanctions inefficaces et de prendre résolument position contre ce régime, moralement inacceptable, parce qu’il violait les droits de l’homme les plus élémentaires, et politiquement dangereux, parce qu’il prenait à contre-pied notre politique africaine de coopération. (...)
Craignant la contagion et les conséquences d’un isolement accru, il mobilise tous ses réseaux . Le lobby « sud-africain » à Paris se déchaîne. Dans une démarche dérisoire, on fait même défiler des « happy immigrants », évidemment tous blancs, devant l’ambassade à Pretoria (...)