Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
les nouvelles news
Un cas d’école ? Harvard tord le cou au sexisme
Article mis en ligne le 16 septembre 2013
dernière modification le 11 septembre 2013

L’administration de la Harvard Business School a su imaginer de nouveaux outils pour lutter contre le sexisme qui sévit derrière ses murs. Les 900 élèves de la promotion 2013 ont été les cobayes d’une expérience qui a porté ses fruits.

Beaucoup le pensent, le défi de l’égalité homme/femme, c’est dans les arcanes du pouvoir qu’il doit être relevé, là même où les costumes-cravates (masculins) font tacitement figure d’uniforme. En effet, le Fortune 5001 ne compte que 21 femmes à la tête de ses entreprises, c’est-à-dire 4,2%, mais ce n’est que le reflet d’inégalités qui prennent leur source en amont.

Et si l’une des principales antichambres du pouvoir, l’école de commerce de Harvard, montrait l’exemple, en faisant de l’égalité des sexes l’objectif central de sa politique ?

Ce « rêve féministe farfelu », d’après le mot du New York Times qui relate l’action, s’est réalisé Outre-Atlantique. La Harvard Business School (HBS), l’école de commerce la plus réputée au monde, forme les puissants de demain : autant dire que toute action d’envergure en son sein concerne le monde entier.

Quand les femmes sont les cancres

On s’en doutait, côté parité et égalité des sexes, l’institution avait hérité son machisme d’une longue tradition et exacerbait encore des inégalités déjà notables à l’entrée, avec un peu moins de 40% de femmes admises. (...)

Mais ce n’était que la partie émergée d’un iceberg terrifiant, celui du comportement des élèves et de l’environnement généralement sexiste et hostile aux femmes qui fait partie de l’ambiance de cette institution très « américaine », où l’apparence, l’argent et le nom pèsent plus dans la balance de la réussite sociale que les notes et le sérieux : la Section X, confrérie qui porte bien son nom, rassemble ainsi la crème de la crème de HBS, le plus souvent des garçons ultra-riches dont les familles ont le bras long.

Le bizutage du sexe minoritaire, la cruauté des rituels lors de fêtes décadentes et alcoolisées étaient « un sale petit secret » il y a de cela deux ans, déclare une professeure. (...)

C’est aussi cet environnement délétère que Drew Gilpin Faust, première femme présidente de HBS, a voulu réformer, en nommant en 2010 un nouveau doyen pour prendre à bras le corps la question. C’est le début d’une expérience de deux ans, une expérience au sens scientifique, avec des cobayes (la promotion de 2013) des hypothèses formulées, et plusieurs solutions appliquées. Il s’agissait de lutter contre les inégalités homme/femme, sans mettre en péril la qualité de l’enseignement.

En cherchant les causes du « grade gap », il s’est révélé que si les femmes réussissaient aussi bien à l’écrit que les hommes, elles perdaient des points à l’oral, qui compte pour la moitié de la note finale, et notamment lors des sacro-saintes études de cas. Manque de confiance en elles, de goût pour la compétition individuelle, ou préjugés des professeurs (surtout masculins) qui auraient la mémoire qui flanche en faveur des élèves de sexe masculin ? Peut-être un peu tout cela. Ainsi, plusieurs mesures ont été mises en place (...)

  • Côté préjugés : des appareils dans toutes les salles pour mesurer et identifier la parole de chaque élève et de nouveaux logiciels de notation, avec différenciation des « genres ».
  • Côté élèves : des ateliers pour « prendre la parole et lever la main » ; une nouvelle matière - le « Field » - pour privilégier le « travail d’équipe » contre la concurrence individuelle de l’étude de cas et de l’interpellation à froid.

Pour ce qui est du nombre de professeures femmes, il s’agissait d’aider les non titularisées à améliorer leurs performances, parfois très faibles au vu des notes que les élèves leur donnent durant l’année, pour améliorer leurs conditions de travail. Des enregistrements vidéos de chacun de leur cours servaient de support au coaching effectué par une administratrice, Ms. Frei, avant leur prochain cours, pour asseoir leur autorité et installer une relation de respect et de confiance avec leurs élèves. (...)

Si la promo 2013 en plaisante (sur le site du NYT, on voit un garçon qui déclenche volontairement l’hilarité générale durant la fête de la remise des diplômes, en déclarant avoir « vécu une expérience douloureuse »), le « grade gap » s’est bel et bien évaporé, et si vite que l’école n’a pas compris comment ; les femmes ont gagné plus de prix académiques, les notes des professeures non titularisées ont augmenté miraculeusement, même les plus basses (passant parfois de 4 à 6 sur 7 points). Le moral des élèves est au plus haut et l’environnement de l’école n’a jamais autant transpiré le respect de l’autre sexe.

La leçon qu’on peut en tirer : la lutte contre le sexisme et les inégalités va de pair avec la réforme d’une vieille tradition très « grandes écoles », conforme aux idéaux virils les plus stéréotypés, qui encourage la compétition individuelle, les rituels humiliants, le règne des apparences et de l’argent, plutôt que des cerveaux et du respect.

En deux ans, malgré des mesures parfois douloureuses, souvent critiquées par les élèves et autres accidents de parcours, Harvard a, semble-t-il, partiellement réussi son pari, mettant au défi le reste du monde : à vous, maintenant.