Une quarantaine de morts à Odessa, en Ukraine, dans l’incendie dramatique de la Maison des syndicats. Qui étaient-ils ? « Des personnes », soupirent tout le week-end la presse en ligne et les télés. Mais quelles personnes ? On se précipite sur les récits, encore fragmentaires.
Les victimes sont « des personnes »
Il semble qu’à la suite de heurts entre pro-Russes et pro-Ukrainiens, les premiers se sont réfugiés à l’intérieur du bâtiment, qui a pris feu dans des circonstances peu claires. Ah ! Les victimes de l’incendie sont donc les pro-Russes ? Comme vous y allez ! Du calme ! On ne sait pas. Les rédacteurs des dépêches ou des commentaires de JT ne vont pas jusque-là, on connaît leur légendaire prudence. Les victimes sont donc « des personnes ». Vous croyez que j’exagère ? Sur son site Les crises, l’économiste Olivier Berruyer, qui s’est lancé dans la dénonciation des propagandes anti-Russes et pro-ukrainiennes, cite un certain nombre d’exemples éloquents.
Attention : nommer les victimes de cet incendie ne signifie pas que les pro-Ukraine, à l’extérieur du bâtiment, en soient les responsables. De l’avis des témoins, les cocktails Molotov qui ont mis le feu à la Maison des syndicats partaient aussi bien du bâtiment que du parvis. Mais une chose est sûre : ceux qui ont grillé se trouvaient à l’intérieur du bâtiment. Pourquoi les rédacteurs des premières dépêches ne le disent-ils pas clairement ? Mystère.
Quand dans le même texte, on nous dit que ceux qui occupaient la maison des syndicats étaient des « pro-Russes », mais qu’en revanche ceux qui y sont morts carbonisés ne sont que des « personnes », d’où vient que la connexion ne se fait pas ? Sans doute cela tient-il pour une part à la confusion sur place, au faible nombre de journalistes occidentaux, occupés ailleurs en Ukraine au moment de l’incendie fatal. Mais aussi à l’incapacité de nommer victimes les « pro-Russes ». Qu’on se le dise, les pro-Russes, par essence, sont les méchants de l’histoire. Cela vaut d’ailleurs pour toutes les autres étapes de la journée funeste. A propos des incidents initiaux ayant mené à l’incendie, les récits expliquent que les « pro-Russes », lourdement armés, ont attaqué des « supporters de football » de deux équipes ukrainiennes. Quels supporters ? Etaient-ils eux-même équipés ? On aimerait voir des photos. Mais (à l’heure où j’écris) pas de photos. Et après l’incendie, quelques heures plus tard, quand les pro-Russes assiègent le commissariat d’Odessa pour faire libérer leurs camarades, cette fois, pour les médias occidentaux, ils ont retrouvé leur étiquette. Ils sont redevenus des « pro-Russes ».
L’alignement des médias sur le Quai d’Orsay (...)