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Marie-Claude Saliceti
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Libération
Sous le voile, des femmes encore et toujours attaquées
Article mis en ligne le 19 septembre 2020
dernière modification le 18 septembre 2020

Comment vont-elles ? Comment vont Maryam Pougetoux et Imane Boun ? A quoi ressemble aujourd’hui la vie de cette mère de famille insultée l’an dernier en public devant son enfant dans l’enceinte du conseil régional de Bourgogne-France-Comté ? Comment vont-elles toutes ces femmes qu’on ne médiatise pas mais qui, un jour ou l’autre, sont aussi bousculées, insultées, vilipendées parce qu’elles ont couvert leurs cheveux ? Maryam Pougetoux a 19 ans. Imane Boun, 21. Ce sont de toutes jeunes femmes, qui entrent dans la vie adulte, choisissent de s’engager dans la société, chacune à leur manière. La première milite pour les étudiants, la seconde donne des tuyaux sur comment survivre, étudiante, avec peu de moyens. La femme voilée verbalement attaquée à l’automne 2019 s’était portée volontaire pour accompagner une sortie de classe, prête à passer des heures à vérifier que les enfants ne se perdent pas, reviennent entiers, heureux et les yeux brillants après leur visite hors des murs de l’école.

Actes de violence gratuite

J’écris depuis un pays, le Royaume-Uni, où le port du voile ne fait pas débat. Mais je n’écris pas pour débattre sur la laïcité ou le port du voile. J’écris parce que ces actes – l’an dernier par un élu du Rassemblement national, la semaine dernière par une journaliste, jeudi par une élue LREM – ne sont pas les manifestations d’un débat : ils sont des actes de violence gratuite, doublés d’un désir de faire du buzz, de susciter un intérêt médiatique. Et ça marche. A chaque fois. On invite encore et encore les auteurs à développer leurs arguments. Et on oublie. On oublie celles qui se sont trouvées en butte à ces attaques. Qui n’avaient rien demandé, ni les insultes, ni la médiatisation. J’écris parce que je suis choquée. Par la violence, par la facilité avec laquelle certains – et en fait souvent certaines – choisissent ces cibles faciles, sans penser une seconde aux conséquences personnelles.

Stigmatiser n’est pas débattre. Au Royaume-Uni, les enfants apprennent dès le primaire à discuter de n’importe quel sujet. Ces cours peuvent mener plus tard à une maîtrise des effets de manche sans queue ni tête, Boris Johnson est spécialiste de la chose. Mais ils apprennent aussi que la première vertu du débat est de respecter son interlocuteur. Or, ces éructations récentes, qui s’accumulent, nient tout respect de l’autre. On oublie trop que les cibles de ces sorties violentes ne sont pas un bout de tissu. Ce sont des femmes, de chair et de sang, dont le cœur bat – sans doute à tout rompre – et dont l’âme vibre. (...)

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(...) Maryam Pougetoux : La semaine a été assez difficile, parce qu’on ne s’y attend pas. On milite tous les jours, on fait notre travail de syndicaliste, on va en cours, on est avec sa famille... Et du jour au lendemain, on retrouve son visage dans tous les médias. J’étais très étonnée que ça aille jusque-là, et c’est pour cela aussi que je prends la parole aujourd’hui. Il a fallu que je prenne un peu de recul, mais maintenant je pense qu’il est temps d’expliquer des choses et de parler. Sur le plan émotionnel, j’ai été très soutenue, je pense que c’est ce qui m’a aidé à tenir, ce qui m’a permis de faire abstraction de tous les commentaires négatifs sur moi. Mais c’est compliqué. (...)

La peur est restée dans un coin de ma tête parce que je ne savais pas ce qui pouvait arriver au détour d’une rue. On m’a déjà reconnue, mais heureusement les personnes n’étaient pas malveillantes. J’ai fait attention, et puis la période des partiels a fait que j’ai pu ne pas trop sortir. Cela aurait pu être plus compliqué pour moi. (...)

au niveau universitaire, il y a l’idée que nous sommes tous là pour travailler, pour apprendre, pour étudier. Donc à partir du moment où on se donne les moyens pour le faire, le voile ne pose pas de problème. Lorsque je suis arrivée à l’Unef, on ne m’a pas non plus jugée parce que je portais un voile. C’est pour cela que j’ai pu m’impliquer autant pour ce syndicat et que je m’y sens à l’aise. (...)

C’est quelqu’un de l’Unef qui m’a appelée pour me dire qu’après mon passage à la télévision, il y avait de nombreuses insultes. On a tout de suite pris des mesures pour me protéger en sécurisant mes comptes pour qu’il y ait le moins de dégâts possibles. (...)