Une analyse concluant que le « coût de l’enfant » après une séparation pèse surtout sur le parent qui n’en a pas la garde s’attire les critiques. Car elle occulte les inégalités systémiques entre femmes et hommes.
Les pères davantage lésés financièrement que les mères après une séparation ? Le 18 juin, deux chercheurs de l’organisme France Stratégies publiaient une note d’analyse sur les « charges liées aux enfants après une séparation ». Sa principale conclusion : la prise en charge des enfants après une séparation « entraîne un sacrifice de niveau de vie sensiblement plus important pour le parent non gardien que pour le parent gardien. » Le parent gardien étant la mère dans plus de 80% des cas. Ce constat permet de plaider pour une refonte du système de pensions alimentaires, notamment un abaissement du barème fixé depuis 2010 par le ministère de la Justice.
Depuis sa publication, cette note a surtout fait couler beaucoup d’encre... en raison des critiques qu’elle s’est attirée. Dans une tribune publiée le 25 juin, dans Le Monde, le Collectif Onze, composé de sociologues (femmes et hommes), dénonce plusieurs biais dans ce qui n’est d’ailleurs pas une étude à proprement parler, mais une « simulation ».
Arbitraire
Elle est en effet « centrée autour d’une hypothèse totalement arbitraire sur ce que serait le ’coût’ d’un enfant pour le parent gardien et le parent non-gardien ». Cette simulation, les auteurs de l’étude le reconnaissent eux-mêmes, s’appuie sur des travaux « portant sur… les séparations en Australie au début des années 2000. » Selon le Collectif Onze, « changez un dixième, ou même un centième des coefficients utilisés dans leur modèle sur la foi de cette étude, et le modèle vous dit tout autre chose… »
Les analystes de France Stratégie ne font aussi que mentionner en passant le fait que les pensions alimentaires fixées par les juges sont en moyenne inférieures aux barèmes. Et que dans 40% des cas les pensions ne sont tout simplement pas versées. (...)
Inégalités systémiques
Le 26 juin, un collectif d’associations féministes dénonçait à son tour les « très nombreuses limites » de ce travail et soulignait : « Si une vraie pédagogie est nécessaire sur ces questions de pensions alimentaires et qu’une réforme des barèmes de pensions alimentaires peut être discutée, cela ne peut se faire sans intégrer les inégalités systémiques existantes entre femmes et hommes et la réalité de la pauvreté des femmes seules avec enfants. »
En septembre dernier, l’INSEE constatait que la pauvreté « s’accroît fortement » pour une catégorie de la population déjà particulièrement touchée : les mères actives de familles monoparentales. (...)
Une autre récente étude de l’INSEE sur les niveaux de vie de parents d’enfants mineurs après une rupture conjugale rappelait que les mères hébergeantes isolées sont « touchées de plein fouet par la perte de niveau de vie après la séparation, avec un taux de pauvreté de 38 %, très supérieur à celui de la moyenne des parents hébergeants (30 %), et à celui des pères hébergeants (21 %) ».