La présence de femmes migrantes sur le marché du travail progresse en France. Mais derrière cette dynamique, leur ségrégation professionnelle persiste : les femmes migrantes sont cantonnées à un nombre restreint de métiers peu qualifiés, elles subissent un déclassement professionnel et une précarité structurelle, particulièrement visibles dans le secteur du care (des services à la personne).
Les métiers du care occupent une place centrale dans cette configuration. Ce terme désigne l’ensemble des activités de soin et de prise en charge d’autrui, auprès des personnes âgées, des enfants et des personnes en situation de handicap ou de dépendance. Une grande partie de ces activités s’exerce au sein même des ménages. En 2017, les femmes migrantes représentaient par exemple 37 % des employés de maison, soit 7 fois plus que leur poids dans l’emploi total.
Les parcours des femmes migrantes sont aussi marqués par un déclassement professionnel. À profil égal, elles sont presque deux fois plus déclassées que les femmes françaises. La non-reconnaissance des diplômes extra-européens et les restrictions légales d’accès à des emplois comme certains de la fonction publique obligent les femmes qualifiées à s’orienter vers des métiers peu rémunérés. 37 % des femmes immigrées diplômées en emploi occupent un poste en dessous de leur qualification, contre 29 % des hommes immigrés.
Des politiques d’intégration aveugles au genre
Les politiques publiques prennent très insuffisamment en compte les différents mécanismes d’exclusion et de discrimination auxquels sont confrontées les femmes migrantes. (...)
même une fois la langue maîtrisée, les femmes exilées peuvent faire l’objet d’une triple discrimination sur le marché du travail liée à l’origine, au genre et au statut administratif.
Faute de ressources, certaines se tournent vers le travail domestique non déclaré ou d’autres activités informelles. C’est particulièrement le cas des travailleuses sans-papiers qui n’ont d’après la loi pas le droit de travailler. L’absence de contrat écrit et de fiches de paie pouvant servir comme justificatifs de travail pour être régularisées les maintient dans cette situation de « non-droit ». Les titres de séjour de courte durée et les délais de réponse des préfectures, qui dépassent souvent la date d’expiration de ces titres, renforcent par ailleurs la précarité administrative des femmes migrantes et limitent leurs options d’emploi.
(...) Par peur de perdre leur emploi ou d’être expulsées du pays pour celles qui sont en situation irrégulière, elles signalent rarement les violences y compris sexuelles et les discriminations subies dans le cadre de leur travail. Ainsi le durcissement des politiques d’accueil renforce le non-recours aux services de police et de justice. Or les cas de vol de salaire ou de confiscation des documents administratifs par des employeurs restent fréquents. (...)
De nombreuses organisations de défense des droits des personnes migrantes, dont France terre d’asile, appellent à la régularisation des travailleuses sans papiers pour réduire les risques de violences et d’exploitation dans le cadre du travail. Elles soutiennent en parallèle la reconnaissance des diplômes étrangers pour faciliter l’accès à l’emploi des femmes migrantes et leur permettre d’exercer la profession de leur choix.