Après le voile, la prostitution. Et encore deux visions opposées sur le lien entre liberté et corps des femmes.
Encore une semaine haute en polémiques, où le mot « liberté » a été brandi pour défendre tout et son contraire. A propos de la loi contre le système prostitutionnel adoptée le 6 avril d’abord. Il aura fallu plus de deux ans de débat parlementaire et cinq ans de débat public pour faire entendre les arguments des initiateurs de la loi. Le bruit médiatique dominant était celui des défenseurs de la « liberté de se prostituer » pour respecter la liberté des clients. Pas facile dans ce brouhaha d’en finir notamment avec la loi de 2003 qui désignait les personnes prostituées comme délinquantes alors qu’elles sont le plus souvent victimes de trafics d’êtres humains et de violences dont les clients sont, parfois sans le savoir, les complices. L’un des initiateurs de la loi revient sur le long chemin qu’il aura fallu parcourir pour faire reculer ces clichés.
C’est aussi la liberté que brandissent les défenseurs de la « mode pudique », faisant fi des pressions et menaces qui s’exercent sur nombre de femmes dans le monde pour soustraire une partie de leur corps à la vue des hommes. La sénatrice EELV Esther Benbassa et bien d’autres comparent le port du voile à « l’aliénation » qui conduit les femmes à se mettre en mini-jupe. Mais aucune femme n’a jamais été lapidée pour avoir refusé de porter une mini-jupe, répondent en chœur celles qui ont bien du mal à faire comprendre qu’elles ne s’attaquent pas aux femmes voilées mais à la signification politique de l’enfermement du corps des femmes. Ce qui n’empêche pas de récuser les diktats de la mode. (...)