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Qu’alliez-vous faire, Annette, dans cette galère ?
DOMINIQUE VIDAL Historien et journaliste, spécialiste des relations internationales
Article mis en ligne le 28 avril 2018

Annette Wieviorka, je vous connais depuis des décennies et j’ai pour vous sincèrement beaucoup d’estime intellectuelle : on compte sur les doigts d’une main les meilleur(e)s historien(ne)s de la Seconde Guerre mondiale et du génocide nazi. Mais...

J’ai écouté en replay le « Téléphone sonne » de France Inter auquel vous avez participé, le 24 avril, avec Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Ayant signé le Manifeste de Val et Valls, vous avez tenté de le défendre. Excusez-moi, mais, franchement, c’était pathétique.

Vous avez, il est vrai, joué de malchance : le premier auditeur vous a interrogés sur le conflit israélo-palestinien. « Stupéfiant », répondez-vous : « Ce n’est pas le sujet. Nous parlons du nouvel antisémitisme et non d’Israël et de l’antisionisme. » Sauf que votre Manifeste parle bel et bien de l’antisionisme, qu’il amalgame scandaleusement avec l’antisémitisme. Sauf que nombre de vos camarades de signature nous expliquent depuis des années que l’antisémitisme tient à l’« importation du conflit israélo-palestinien ». À cette notion d’importation près (un rien complotiste s’agissant d’un pays qui compte, en Europe, le plus de Juifs et de musulmans et se passionne donc naturellement pour le Proche-Orient), il est indéniable que les massacres de Gaza, par exemple, suscitent plus de rage antisémite que tous les Versets contestés du Coran. Surtout quand des dirigeants irresponsables du CRIF justifient les crimes de Tsahal au nom des Juifs de France…

Ces sourates, parlons-en. Votre interlocuteur met « au défi » quiconque d’en citer une seule qui appelle au meurtre des juifs ou des chrétiens. Et d’expliquer l’effort nécessaire de pédagogie pour replacer ces textes dans leur contexte et travailler sur leur interprétation. Un peu larguée, vous avouez : « Je suis très très ignorante en matière de Coran. Je ne vais pas en discuter. » Mais, vous fait-on remarquer, vous avez signé un Manifeste qui en parle ? Alors vous soufflez : « On signe un Manifeste qui est très long. On le signe globalement. Sur chaque point, on pourrait discuter. » Donc c’était un point secondaire ? (...)