La semaine dernière à l’Assemblée nationale, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a accusé la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens d’avoir tenu des propos antisémites. Mais la vidéo sur laquelle il s’appuyait était en réalité un montage, puisque Francesca Albanese n’a pas tenu les propos qui lui sont reprochés. Le chef de la diplomatie française se retrouve à présent pointé du doigt par une coalition de plus de 150 anciens ministres, hauts fonctionnaires internationaux et diplomates qui l’accusent de « désinformation ».
Dans une lettre ouverte ce mercredi, 150 personnalités, dont une majorité d’anciens diplomates néerlandais, mais aussi d’anciens ministres grecs, argentins ou encore danois, « condamnent le recours à des éléments inexacts et manipulés pour discréditer une titulaire d’un mandat indépendant des Nations unies ».
« Mme Albanese a réaffirmé un principe fondamental du droit international : l’imputabilité des violations graves du droit international constitue une obligation juridique, non un choix politique, et les responsables doivent être poursuivis », ajoutent-ils. La rapporteuse n’a « pas qualifié Israël d’"ennemi commun de l’humanité" », affirment-ils en appelant le Quai d’Orsay à « revenir sur les déclarations inexactes attribuées à Mme Albanese et les rectifier publiquement ».
« L’intégrité même du système multilatéral » en jeu
Dans un contexte où la désinformation se renforce, « il est particulièrement alarmant que le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères se soit appuyé sur des contenus manipulés », écrivent les signataires. Vérifier les informations est une obligation morale, indique Angélique Eijpe, ancienne diplomate néerlandaise et porte-parole de cette coalition d’ex- diplomates et fonctionnaires pour la responsabilité internationale. (...)
Pour les signataires, ce n’est pas seulement le cas de Francesca Albanese dont il est question. « C’est l’intégrité même du système multilatéral qui est en jeu », poursuivent-ils. Et les États ont une responsabilité, particulièrement les pays européens, pointe Angélique Eijpe. « En tant qu’Européens, nous nous sommes toujours considérés comme le berceau du système international. C’est préoccupant de voir que nous ne jouons plus le rôle que nous devrions jouer dans ce contexte. »
Des accusations partagées par d’autres pays (...)
D’autres pays ont depuis emboîté le pas à la France, comme l’Allemagne, l’Autriche ou encore la République tchèque. Les signataires l’ont bien relevé mais adressent leur lettre au ministre français car c’est lui, le premier, à avoir réclamé la démission de Francesca Albanese.