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Pourquoi les petits élevages porcins bio ne connaissent ni la crise ni l’endettement
Article mis en ligne le 10 novembre 2015
dernière modification le 4 novembre 2015

Leur semaine de travail se rapproche des 35 heures, ils produisent de la viande de qualité, et estiment percevoir des revenus suffisants. Les éleveurs de porcs de la ferme bio du Loriot, en Auvergne, ne connaissent pas la crise ni la spirale de l’endettement. Tout simplement parce qu’ils n’ont pas choisi l’élevage intensif industriel, comme la plupart des producteurs porcins. Comment s’en sortent-ils économiquement ? Reportage.

Si Véronique et Nicolas peuvent se permettre de laisser les bêtes se reproduire naturellement, de les nourrir à la main, ou de ne pas avoir d’employé à rémunérer, c’est qu’ils ont peu d’animaux. Entre les reproducteurs et les « charcutiers », ils s’occupent de 70 bêtes. Dix fois moins que dans un élevage moyen local, vingt fois moins qu’un élevage breton, qui en compte 1 400 ! [1] Et plus de 300 fois moins que dans le projet de porcherie industrielle très contesté de Poiroux, en Vendée. À l’arrivée, les journées de travail du couple sont raisonnables. « Nous travaillons 36 heures par semaine, réparties sur sept jours, détaille Véronique. Mais cela ne nous semble pas toujours être du travail, car ce sont des tâches agréables et variées. » (...)

La véritable plus-value : la transformation

Il faut dire que certaines besognes particulièrement pénibles leur sont épargnées. Comme ce qu’on appelle dans le milieu les « soins aux porcelets », qui consistent, au moment du sevrage, à sectionner la queue de l’animal. Ou le rognage des dents des nouveaux-nés, qui évite que les porcelets ne mordent leur mère quand ils tètent. Ces pratiques sont répandues dans les élevages conventionnels en bâtiments. Les animaux, entassés, dont beaucoup de besoins ne sont pas satisfaits, développent des comportements anormaux et s’en prennent parfois à leurs compagnons de cellule. Rien de tout ça à la ferme du Loriot. « Nous n’en avons pas besoin, explique Véronique. Les animaux sont en plein air, et s’éloignent si un copain les énerve. »

Les éleveurs tirent tous leurs revenus des deux ou trois porcs envoyés à l’abattoir toutes les deux semaines (60 à 80 par an). Alors, pour que cela leur rapporte assez, ils ont fait le choix de s’occuper eux-mêmes de la transformation. (...)

Des clients contents

Alors que les éleveurs en conventionnel sont obligés de céder leur production au prix de référence national, qui oscille entre 1,30 et 1,40 euros le kilo, Véronique et Nicolas, qui vendent directement leurs produits dans un circuit court entre producteurs et consommateurs – type Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) – ou au marché d’Aurillac, fixent eux-mêmes leurs tarifs. « Nous avons choisi ce prix parce qu’il n’est pas trop élevé pour le consommateur, et qu’il nous permet de vivre, explique Nicolas. Mais nous avons calculé que, si l’on devait se verser chacun un Smic – largement suffisant dans le Cantal – et faire un bénéfice de 3 000 euros pour réinvestir, il faudrait vendre la viande 8 euros le kilo, en moyenne, ou bien élever plus de cochons. » (...)

Les clients semblent ravis du rapport qualité-prix. (...)