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Pourquoi les hommes ont tant de mal à repérer la misogynie
Article mis en ligne le 30 mai 2014

Si des hommes ont été surpris par la réaction autour de #YesAllWomen après les meurtres d’Elliot Rodger, c’est parce que les hommes ne voient pas ce que vivent les femmes.

Le mois dernier, quand la police de Santa Barbara s’est présentée au domicile d’Elliot Rodger – suite à un signalement de sa mère qui venait de découvrir ses vidéos YouTube dans lesquelles il détaillait son hostilité à l’égard des femmes qui avaient refusé d’avoir des relations sexuelles avec lui, étalait sa jalousie envers les hommes qu’elles avaient pu lui préférer, tout en faisant part de ses intentions de remédier à cette « injustice » en exhibant toute sa « puissance » et sa « magnificence » –, les officiers allaient repartir avec l’impression que Rodger était un « être humain merveilleux, gentil et tout à fait courtois ».

Vendredi soir, Rodger a tué six personnes avant de se donner lui-même la mort et de laisser derrière lui un manifeste dans lequel la virulence de sa haine envers les femmes ne fait pas le moindre doute – Bill Brown, shérif du comté de Santa Barbara, l’a donc logiquement qualifié de « fou furieux ».

Ce week-end, les informations sur la tuerie ont rapidement fait le tour du monde, et le réveil a une nouvelle fois été très dur sur les médias sociaux. Sur Twitter, des femmes se sont mises à parler des hommes qui avaient pu les réduire à de simples conquêtes sexuelles et les menacer par la violence dès qu’elles ne se pliaient pas à leurs desiderata – en regroupant leurs anecdotes sous le hashtag #YesAllWomen.

Tout de suite, des hommes se sont joints à la conversation, pour faire part de leur stupéfaction face à ces révélations qui s’amassaient à une vitesse bien trop vertigineuse pour leur entendement. De fait, comment comprendre que des individus jugés comme polis, gentils et même « merveilleux » en public puissent véhiculer un sexisme des plus crasses et ce sans jamais se faire repérer par leurs congénères masculins ?

Et comment comprendre que cette dynamique soit aussi évidente aux yeux des femmes, tout en demeurant parfaitement étrangère aux hommes partageant leur vie ? Pour certains participants à #YesAllWomen, la chose s’explique parce que les hommes ne font pas attention à la misogynie. Pour d’autres, les hommes l’ignorent délibérément. Sans oublier un certain aspect performatif de cette sidération masculine et collective – si un homme dit publiquement qu’il tombe des nues face à l’étendue du sexisme, sa propre participation au phénomène est implicitement absoute.

Mais d’autres obstacles, plus insidieux, empêchent les hommes de combattre certaines violences faites aux femmes (...)