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Marie-Claude Saliceti
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Peut-on être féministe et apprendre la vie à son mec ?
Article mis en ligne le 30 octobre 2019
dernière modification le 29 octobre 2019

Pour obtenir une répartition conjugale plus égalitaire, des femmes peuvent avoir envie de montrer la voie à leur partenaire. Au risque de tomber dans l’infantilisation et d’assumer un rôle à rebours de leurs convictions féministes.

« J’étais cheffe de projet pour la charge mentale ; pour mon copain, ce n’était pas inné et du coup, c’est clair et net, j’ai vraiment participé à son éducation, dépeint Alice*, 23 ans, professeure des écoles, après deux ans de vie commune. En tant qu’instit, j’estime que j’ai un devoir d’éducation et que, s’il y a un dysfonctionnement, c’est qu’il y a peut-être des choses qui sont encore opaques et qui doivent être explicitées. Donc j’ai essayé de rendre ça plus clair pour lui. » Au menu du rattrapage scolaro-bénévolo-conjugal entrepris par la jeune féministe : l’élaboration de listes de tâches ménagères avec son copain et aussi en sa compagnie. « Je voulais que ce soit lui qui élabore la liste de la charge mentale, penser à acheter des éponges ou des trucs comme ça, parce que c’était important pour moi qu’il fasse ce cheminement et qu’il s’en souviendrait mieux si c’était lui qui avait énoncé tout ça. »

Elsa*, universitaire de 38 ans, s’est elle aussi retrouvée à réaliser un document pour son conjoint au sujet de ses déplacements professionnels « avec des règles comme “prévenir au moins quinze jours avant” ». En cause : de multiples annulations de réunions calées tôt le matin parce qu’il ne l’avait pas prévenue suffisamment à l’avance de son absence et qu’il lui avait bien fallu que quelqu’un –elle en l’occurrence– se dévoue pour conduire les enfants à la crèche et l’école ; aussi une fête d’anniversaire « désurprisée » contrainte et forcée parce qu’« il avait oublié de [lui] dire qu’il était en déplacement ».

L’objectif de ces « to-do lists » et règlements intérieurs : ne pas porter tout le foyer sur ses seules épaules et que leurs conjoints soient, à terme, en capacité de partager l’exécution des tâches domestiques de manière équitable et spontanée ainsi que toute l’organisation invisible en amont, la fameuse charge mentale. Le problème, c’est que ce rôle d’éducatrice à domicile, assumé plus ou moins volontairement, va à rebours des idéaux féministes et semble même par endroits contre-productif dans le sens où il revient à s’autoproclamer référence du foyer et à assumer une tâche supplémentaire : celle d’être à l’initiative de la prise de conscience et du changement de comportement de son conjoint. (...)