Qui n’a jamais entendu dire à propos d’un dirigeant d’entreprise : « il s’est fait tout seul, personne ne l’a aidé ». Quel est ce concept curieux ? Toutes les entreprises sont aidées d’une manière ou d’une autre, directement par les exonérations de charges, les diverses subventions, les crédits d’impôts, les allègements fiscaux, ou indirectement par les conditions favorables que la collectivité crée pour son développement : la formation de ses salariés, les infrastructures et les services publics dont elle peut bénéficier … Une entreprise n’est pas un ovni qui vivrait dans un monde parallèle. Une entreprise vit en interaction étroite avec son environnement économique, social et politique.
Sans compter que les entreprises n’ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu’elles offrent : ces emplois ne résultent que de l’observation du mouvement de leurs commandes, dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu’elles leur viennent du dehors — c’est-à-dire du bon vouloir dépensier de leurs clients, ménages ou autres entreprises… sans oublier bien sûr, les marchés publics !
Les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises. C’est à l’état de créer les conditions nécessaires à la bonne santé des entreprises et ce serait également à l’état de veiller à la bonne redistribution des bénéfices … et non pas de leur accorder des cadeaux et des subventions pour 250 milliards par an sans aucune contrepartie !
Beaucoup d’entreprises parmi les plus importantes se sont même créées grâce à l’Etat en fabriquant du matériel militaire ou des infrastructures financées par les contribuables. D’autres se sont contentées de profiter des privatisations pour s’accaparer des entreprises qui appartenaient à tous. Non seulement elles n’ont rien créé, mais elles ont même détruit des emplois pour augmenter leurs profits. Ces entreprises qui ont été financées par l’ensemble des Français appartiennent maintenant à quelques privilégiés proches du pouvoir et des milieux d’affaires, qui engrangent les bénéfices. (...)
Pour une démocratie il n’est pas sain que des entreprises privées nationales ou multinationales soient plus riches que les États. La richesse permet de corrompre les pouvoirs politiques. Pour les capitalistes, le gouvernement n’est plus qu’une courroie de transmission des fonds publics vers le secteur privé. La course au gigantisme et à la richesse aboutit au final à plus de pauvreté, de précarité et d’insécurité. Toutes ces personnes qui « réussissent » l’on fait grâce au système mis en place par la collectivité. (...)
Le cliché du héros qui réussit « seul » est souvent repris pour glorifier le système libéral. Quand à ceux qui se pensent plus riches qu’ils ne sont, rappelons que 20% des français croient faire partis des 1% les plus riches… et lorsque le commerçant du quartier vote de la même façon que Dassault, Tapis ou Bolloré ça relève de la bêtise et de l’ignorance, car leur intérêts sont diamétralement opposés !
Enfin, pour finir sur une note d’humour, disons, pour se faire tout seul il faudrait être parachuté, nu dans la forêt amazonienne ou sur une ile déserte et là, le peu que l’on ferait, on pourrait dire « je l’ai fait tout seul ! ». Évidemment dans ce cas-là aussi le parachutage resterait à la charge de la collectivité !