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Libérez les journalistes Soulaiman Raïssouni et Omar Radi, en grève de la faim
Article mis en ligne le 2 juin 2021

MAJ 2 juin 2021 : Après 55 jours de grève de la faim, Soulaiman Raissouni est entre la vie et la mort. Il a entamé une grève de la faim illimitée le 8 avril dernier pour protester contre son emprisonnement, ses conditions de détention et retrouver sa liberté afin de préparer son procès. En réponse, l’administration judiciaire refuse sans motif sa remise en liberté, et l’administration pénitentiaire atteint encore plus son intégrité en publiant des communiqués diffamatoires sur sa santé qui ne serait pas si dégradée que cela et sur le fait qu’il ne mènerait pas véritablement une grève de la faim, tout en faisant pression sur lui pour qu’il arrête sa grève de la faim !... Or, ses proches peuvent témoigner de son état de santé (il a perdu plus de 32 kg et perd de plus en plus souvent conscience) qui s’est terriblement dégradé.

Agissons ensemble avant qu’il ne soit trop tard !

Soulaiman Raïssouni et Omar Radi, deux journalistes indépendants, visés par des procédures judiciaires arbitraires et abusives, sont actuellement en détention provisoire et en grève de la faim au Maroc. Un large collectif international de personnalités demande l’abandon des charges et « la libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion poursuivis et/ou condamnés par le régime marocain ».

Soulaiman Raïssouni, éditorialiste et rédacteur en chef, du quotidien Akhbar Al Yaoum, un des derniers bastions de la presse libre au Maroc qui a récemment mis la clé sous la porte, est derrière les barreaux depuis le 22 mai 2020. Omar Radi, journaliste d’investigation connu pour sa plume critique des inégalités, de la corruption et des violations des droits humains au Maroc, est quant à lui détenu depuis le 29 juillet 2020, après un harcèlement judiciaire et sécuritaire de plusieurs mois. Tous deux se sont vu refuser toutes leurs demandes de remise en liberté en attendant leurs procès, voient leurs audiences sans cesse reportées, et sont détenus à l’isolement.

Les autorités marocaines ont accusé ces journalistes d’une multitude d’infractions, allant de délits à caractère sexuel jusqu’à l’atteinte à la sécurité de l’Etat. Soulaiman Raïssouni est poursuivi pour "attentat à la pudeur avec violence et séquestration" sur un homme en 2018, suite à un post anonyme sur Facebook. Omar Radi quant à lui est accusé d’espionnage et d’atteinte à la sûreté de l’Etat en raison de son travail de journaliste et des recherches qu’il a menées pour des ONG internationales, ainsi que de viol et d’agression sexuelle.

Ces accusations doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies afin de déterminer d’éventuels abus, et l’identité des responsables. Seulement les garanties effectives d’un procès équitable pour ces deux journalistes font cruellement défaut. Soulaiman Raïssouni a été arrêté avant même qu’une plainte ne soit déposée contre lui. Imad Stitou, le témoin principal de la défense d’Omar Radi pour l’accusation de viol, s’est trouvé lui-même accusé par le juge d’instruction, alors que la plaignante ne l’avait pas désigné. (...)

Dénonçant ses conditions de détention et de jugement, Soulaiman Raïssouni a entamé une grève illimitée de la faim le 8 avril pour protester contre le report répété des audiences de son procès. Le lendemain, suite à une fouille de sa cellule pendant laquelle les autorités pénitentiaires ont confisqué ses vivres et des affaires personnelles, le journaliste a également entamé une grève de la soif. Devant cette énième humiliation, il a aussi décidé de boycotter les visites et les appels téléphoniques. Omar Radi l’a rejoint en grève de la faim le 9 avril. Soulaïman a arrêté sa grève de la soif, 7 jours plus tard, après que ses affaires lui aient été restituées.

Aujourd’hui, Omar Radi et Soulaiman Raïssouni mènent ces grèves au risque de leur vie, d’autant plus qu’ils souffrent tous les deux de maladies chroniques nécessitant un suivi médical régulier. Ces grèves sont le seul moyen d’expression et de défense qui leur reste face à des procédures judiciaires abusives et injustes.

Nous, signataires de cette tribune, joignons nos voix à celles de Soulaiman Raïssouni et d’Omar Radi et demandons :

● L’abandon de toutes les charges sans fondement ;

● La garantie effective de leur droit à un procès équitable ;

● La suspension de leur détention provisoire et leur mise en liberté immédiate ;

● Tant qu’ils restent détenus, la rupture de leur isolement, en leur permettant notamment de se voir et de voir d’autres prisonniers pendant la promenade ;

● La libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion poursuivis et/ou condamnés par le régime marocain.